Catastrophes naturelles
fauve Les grands incendies de forêts
 
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L'incendie de 1949

carte girondeL'éclosion du feu est provoquée par deux résiniers le vendredi 19 août 1949, près de Saucats, à 20 km au sud de Bordeaux. Selon l'enquête officielle, la braise d'une cigarette met le feu à une couverture, puis à la cabane, enfin à la forêt. Ils n'ont que le temps de fuir.
L'incendie se propage rapidement dans les pins, les landes et les chaumes, vers l'ouest, pendant près de 24 heures.
Des contre-feux sont allumés ici et là pour protéger les villages et les bâtiments menacés.
Le 20 août, aux environs de midi, l'incendie tourne au nord-est en accélérant.
On soupçonne, aujourd'hui, que le passage d'un front météorologique serait à l'origine du changement de la direction et de la force du vent. Il transforme en une tête de feu de près de 10 kilomètres de long, le flanc nord où l'on avait placé des défenseurs inexpérimentés sur des positions présumées sans risque. Ils s'apprêtaient d'ailleurs à prendre leur casse-croûte après le passage d'un des responsables de la lutte venu vérifier leur position.
Soudain, vers 15 heures, une tempête de feu éclate et le drame se déclenche.
"Les flammes bondissent de 200 mètres comme lancées par des engins de guerre. On estime que l'incendie a parcouru 6000 hectares en 20 minutes".
Les arbres sont renversés, ou arrachés et projetés au loin.
Une pluie de feuilles et d'aiguilles carbonisées, de morceaux d'écorce calcinée, et de cendres recouvre Bordeaux.
Le nuage de fumée est visible à plus de 100 km à la ronde et jusqu'au pied des Pyrénées, à 200 km.
Les témoignages suivants, et d'autres, ont été publiés par le quotidien Sud-Ouest.
"Vers 15 heures 15, a éclaté une véritable tornade, dans un grondement rappelant les bombardements, une vague de feu d'une dizaine de kilomètres de longueur, s'est ruée vers le nord-est, en submergeant les sauveteurs".
"Il (le feu) s'est mis à tourbillonner, à former de nouveaux tourbillons. Un peu partout, et il a soulevé des masses de sable, et même des arbres. Il a fait une chandelle à plusieurs kilomètres de hauteur".
"L'incendie [progresse de] 10 kilomètres en une heure".
"La vie et la mort devenaient une question de secondes, une affaire de pile ou face!" a témoigné Pierre Durand. "Je m'accrochais désespérément à la citerne que traînait un cheval aveugle et je criais à ceux qui étaient avec moi d'en faire autant ... Le cheval - guidé par un vieux de la forêt - galopait dans la lande en feu. Si nous arrivions au fossé et au chemin avant l'incendie, nous avions encore notre chance. Agrippé au robinet de la citerne, je sentais l'asphyxie me gagner, mais je courais toujours. Avec moi, derrière moi, j'entendais courir et haleter mes camarades. Le vieux guide fonçait droit vers la dénivellation qui, franchissant le fossé, nous libérerait de l'enfer. Quand nous y arrivâmes, déjà cruellement brûlés mais encore vivants, je me retournai ... Six de nos camarades, tombés sur le sol, flambaient déjà. On voyait les flammes courir tout au long de leurs corps étendus; la graisse gonflait et les flammes gouttaient au bout de leurs souliers, de leurs bottes ou de leurs sabots carbonisés ..."
Le château de Montesquieu à La Brède est menacé lorsque le feu reprend avec violence le 22 août. Le convoi du ministre échappe de peu à une tornade de feu qui traverse sa route et détruit deux véhicules de la caravane dont les occupants ont juste le temps de fuir.
L'incendie est enfin éteint le vendredi 25 août.

Les victimes

Le bilan officiel fait état de 50.000 ha détruits (en réalité 28000 ha et 2 millions de m3 de bois), 56 maisons, 9 chalets, 1 villa, 21 granges, 21 dépendances, 1 boulangerie, 16 chais (Sud-Ouest du 30/08/49).
Un monument fut érigé sur le site en bordure de la RN10, au sud-ouest de Le Puch, formé de trois pins brûlés auxquels sont accrochées des planches rappelant la catastrophe. Un autre en marbre, plus récent, à Le Puch même, cite les noms des 82 victimes.

A l'aube du dimanche 21 août 1949, les équipes commencent la recherche des victimes. Bientôt les premiers cadavres sont découverts.
Tombés face contre terre, hideux, déformés, n'ayant plus rien d'humain, les malheureux ont péri asphyxiées, puis carbonisées par la chaleur dégagée par le gigantesque brasier.
Dans un fossé, on retrouve, côte à côte, une file de sept corps abattus par la chute d'un arbre. L'une des victimes dut avoir une agonie plus lente et plus terrible car, dévoré par la fournaise, le malheureux s'est mordu le poignet essayant, peut-être, d'arrêter l'affreuse fumée noire qui lui arrachait les poumons.
La plupart, morceaux de chair carbonisée, ont leurs membres réduits, rongés par le feu. D'autres tendent leurs bras vers le ciel, dans un suprême appel.
Quelques cadavres, par suite de la dilatation de leurs entrailles sous l'effet de la fournaise, laissent échapper des viscères roses contrastant avec leurs corps noircis.
Le seul corps découvert en avant de la base du contre-feu est celui d'un ancien inspecteur des Eaux et Forêts. Il avait dû penser s'échapper en franchissant la ligne du feu et en se réfugiant sur la partie brûlée.mémoire
Plantés dans le sol, des morceaux de bois, surmontés d'un papier blanc, indiquent aux brancardiers l'emplacement des misérables dépouilles.
On transporte à Cestas les corps carbonisés, affreusement mutilés. Leur identification est extrêmement difficile. Une bague, une clef, sont parfois les seuls indices susceptibles d'orienter les recherches.
Un garagiste de la localité a été retrouvé près de ses deux commis qu'il tenait par les bras. Les trois cadavres ne formaient qu'un bloc.
Les flammes sont maintenant à deux cents mètres du village de Cestas.
Dans ce petit bourg, une pièce de la mairie a été transformée en chapelle ardente.
De nombreux cadavres n'ont pas encore été ramenés. Ils gisent sur le bord des routes, recouverts d'un drap ou d'une couverture. Les secouristes les transporteront sur des camions jusqu'à la mairie. Parmi eux, on compte vingt-six habitants de Canéjan. Dans certaines familles, tous les hommes ont péri.
A 17 heures 30, quarante corps se trouvent déposés à la mairie de Cestas.
Dans les landes du Puch, les cadavres d'une vingtaine de militaires, encore casqués et complètement carbonisés, ont été découverts, totalement défigurés, groupés par trois, quatre ou cinq.
Ce n'est que le mardi 23 qu'on aura retrouvé toutes les victimes.

La région

la girondeLa région du sud-ouest est boisée depuis fort longtemps, alors qu'on a plutôt donné d'elle l'image d'une lande immense et sans arbre, parcourue par des moutons surveillés par les bergers montés sur des échasses. On estime qu'à l'époque de Louis XIV la surface des pinèdes était déjà de 350.000 ha sur le million d'hectares du massif, soit environ le tiers. Sous la révolution, la proportion aurait été de 50%, puis de 75% au milieu du 19e siècle, pour atteindre 90% sous le 2e empire.
De 1858 à 1872, selon les Préfectures, 55.000 ha auraient été détruits par les incendies.
Bien plus tard, 439.000 ha sont brûlés de 1937 à 1947, dont 66.000 ha en mars et avril 1943 dans 76 incendies. L'un d'eux est provoqué, une fois encore, par un pauvre homme qui préparait le repas des charbonniers à Saint-Michel-Escalus, au sud du massif: il voit une étincelle fuir; la cabane de planches d'à-côté s'enflamme; une saute de vent emporte des débris brûlants; le feu se propage pendant 3 jours, sur 30 à 40 kilomètres, poussé par un vent tournant vers l'ouest, vers l'est, puis vers le nord.gironde en flamme
Saucats étant situé en pleine forêt, les incendies l'ont menacé de tout temps: en 1870, devant leur ampleur, le maire menace le préfet de faire justice lui-même contre les incendiaires; le village est détruit par un incendie de forêt le 21 août 1893; encore des destructions en 1922 avec 5000 ha anéantis.
Le mois d'août 1949 a vu de nombreux grands incendies dans le massif landais, du fait de la météo très défavorable: le 8, 2.000 ha de pins parcourus près de Pissos, les hameaux de Bern et Gruey étant partiellement détruits; le 14, 5.000 ha à Andernos, Arès et Taussat; le 22, 6.000 ha à Cazalis dans le Bazadais.
Alors qu'éclatait l'incendie catastrophique de Saucats, ce même jour, le 19 août 1949, une caisse de cheddite explose sous l'effet de la chaleur sur le terrain d'aviation de Bedenac-Bussac au sud de Jonzac en Charente-Maritime. L'explosion provoque plusieurs feux dans les pinèdes voisines où des milliers de bombes sont encore entreposées; elles sautent à mesure de l'avancée des flammes, les explosions étant entendues jusqu'à Bordeaux, 60 kilomètres au sud.
Plus récemment, 3.654 ha sont anéantis au Porge-Lacanau le 18 juillet 1989, et 5.636 ha à Saint-Aubin-Carcans le 31 mars 1990.
De nos jours, le danger s'est beaucoup accru: le réchauffement climatique peut conduire à des périodes de sécheresse estivale plus graves et plus fréquentes; la forêt est parcourue par un public mal informé sur les risques de conflagration; les maisons, les campings, les espaces de loisir, les promeneurs, ont envahi l'espace boisé.
Des événements similaires à celui d'août 1949 sont probables et seraient beaucoup plus dramatiques encore.
Qu'arrivera-t-il quand la sécheresse, la chaleur, le vent et le feu conjugueront leurs efforts ?

On trouvera la description, heure par heure, de l'incendie d'août 1949 dans le livre "Tempêtes de feu".

Rédaction Robert B. Chevrou Validation Robert B. Chevrou
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