Catastrophes naturelles
les risques naturels

Mitch, suite
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prev2000 : Comment s'est manifesté le passage du cyclone Mitch au Honduras et au Nicaragua ?

Pierre-Marie Sarant : Sous forme de douche. Il a plu sans arrêt pendant 4 jours. Selon les endroits et dans des quantités largement supérieures à ce qui tombe en une année. En 24 heures, il est tombé 400 m3 d'eau dans les zones les plus touchées du Honduras. Dans la province de Chinandega au Nicaragua, la pluviométrie s'est élevée à 1597 mm en 4 jours soit 1,60 m d'eau. On n'avait jamais vu cela en 100 ans.
Le cyclone Mitch est arrivé le 26 octobre 1998 sur les côtes du Honduras et est reparti le 30. Les effets dévastateurs se sont faits sentir à partir du 28 octobre au Honduras et au Nicaragua. vers la carte
La carte des dégâts (65Ko)
En fait, le cyclone Mitch a stagné dans la zone au dessus du Honduras et s'est transformé en tourmente tropicale. Il a alors repris de l'ampleur et s'est mis à aspirer de l'eau et à la déverser sur toute la région.

prev2000: Qu'ont provoqué ces pluies diluviennes ?

Pierre-Marie Sarant : Des glissements de terrain. Et, les rivières se sont transformées en de très puissants torrents. Leurs lits se sont multipliés par 10 ou 20. Ce sont là les véritables catastrophes naturelles.

prev2000 : Qu'est ce qu'un glissement de terrain ?

Pierre-Marie Sarant : Quand il pleut plus que de raison, la terre absorbe de l'eau et elle gonfle, comme une éponge. Puisqu'il n'y a pas de racines d'arbres, la terre n'est pas maintenue. Et hop, elle glisse. C'est ça le glissement de terrain.
3 causes majeures engendrent ce phénomène : les pluies, comme je l'ai dit, le relief de la région ( au Nicaragua, il y a 58 volcans dont 12 en activité) et la déforestation.
Les populations essentiellement agricoles ont l'habitude de cultiver les pentes escarpées des volcans, toujours plus haut parce que le climat est meilleur et que les parcelles coûtent moins cher. On déforeste pour l'élevage et pour planter du café et du maïs, principales sources d'alimentation. Et on n'hésite pas parce que les familles sont nombreuses et qu'il y a des bouches à nourrir.
Ce qu'il reste d'une zone de culture après les coulées boueuses du volcan Casitas
Posoltega, les cultures détruites
Photographie : UNAN-Leon
Du coup, les gens défrichent. Il n'y a plus d'arbres ni d'arbustes parce qu'ils sont transformés en charbon et en bois de chauffage. On ne replante pas, donc il n'y a plus de racines. Et rien ne peut retenir la terre quand il pleut. Une situation propice aux glissements de terrain.

prev2000: En quoi un glissement de terrain peut-il être considéré comme une catastrophe naturelle ?

Pierre-Marie Sarant : Qui dit catastrophe naturelle dit conséquences humaines et économiques. Un glissement de terrain emporte tout sur son passage : cultures, maisons, hommes, femmes et enfants. Plus on est pauvre, plus l'habitat est précaire, plus les zones sont à risques, plus on est exposé au glissement de terrain et on a des chances de vivre la catastrophe naturelle. Conclusion : les gens ont perdu leurs maisons, ils se retrouvent sans abris. Les réserves agricoles sont détruites, les gens n'ont plus suffisamment à manger. Comme les corps sont fragilisés, les épidémies guettent. Aussi faut-il être vigilant. Après la catastrophe, on a remarqué que la diarrhée, liée au stress et au problème d'alimentation, s'est propagée. De même, le choléra est réapparu. Le risque à terme, c'est une épidémie de paludisme et de dengue à cause des eaux marécageuses qui créent des réservoirs de reproduction pour les moustiques.

prev2000 : Pourtant, l'aide humanitaire s'est organisée sur le terrain ?

Pierre-Marie Sarant : Oui, mais les secours et les organisations non gouvernementales (O.N.G.) se sont confrontés à des obstacles naturels.
La route Panamèricaine, poumon du pays... Les pluies diluviennes ont gonflé les rivières, qui ont balayé les ponts sur leurs passages. Il n'y avait plus de liaisons entre les provinces et les villages.
C'est ce qu'on appelle le problème d'incommunicabilité.
sur la Panaméricaine
Photographie : Ministère des relations extérieures
du Nicaragua
L'aide humanitaire a été acheminée moins vite qu'il aurait fallu. Dans la région du volcan Casitas, où il y a eu le plus grand nombre de morts soit 2000, les secours ont du attendre une semaine avant la réouverture de la route. En plus, le Nicaragua et le Honduras sont les pays les plus pauvres de l'Amérique centrale. Pour les secours, ils ne disposaient que de 7 petits hélicoptères pendant la première semaine avant l'appel à l'aide internationale. Au moment ou j'y étais, la crise était très aiguë car il y a très peu d'aérodromes à l'intérieur du pays, très peu d'hélicoptères, aucun accès par la route, donc une très grande difficulté d'apporter des secours... Ce qui explique l'envolée des chiffres et que certains endroits aient été visités très tardivement. Le Nicaragua et le Honduras ont été touchés plus que les autres, parce que le cyclone Mitch est passé juste au-dessus de leurs têtes mais aussi parce que ce sont économiquement les plus démunis de l'Amérique centrale.

prev2000 : Est-ce qu'on peut prévenir ce genre de catastrophes ?

Pierre-Marie Sarant : Dans les pays pauvres, on s'occupe peu de prévention. On préfère faire appel à l'aide internationale lorqu'une catastrophe naturelle arrive. Là où il n'y a pas d'argent, on essaie d'abord de satisfaire les besoins vitaux. Ce qui n'est pas une mince affaire. Alors, la prévention.... Cela dit, quelques décisions ont été prises par les autorités compétentes pour réinstaller les populations qui vivaient dans des zones à risques en leur donnant des titres de propriété dans des endroits non exposés. C'est le cas des populations qui vivaient sur les bords du lac Managua. On les a délocalisées.

prev2000 : Quelles sont les zones les plus touchées par Mitch ?

Pierre-Marie Sarant : L'essentiel de l'actualité s'est concentré sur Tegucigalpa, la capitale du Honduras, où le bilan humain a été très sévère. Les quartiers des bidonvilles, construits sur les contreforts des montagnes, sont descendus, emportés. Et bien sûr, la région du volcan Casitas dont la population a été la plus touchée par les glissements de terrain.

prev2000 : Que s'est-il passé à Casitas ?

Pierre-Marie Sarant : Le volcan de Casitas n'était plus en activité.
A l'intérieur du cratère, il y avait une lagune, une sorte d'immense piscine.
Au 3e jour de pluie, l'eau est montée, a fait craquer le sommet, qui a cédé sous la pression. Et là, les gens ont entendu deux bruits sourds, comme ceux d'un tremblement de terre.
Habitués au séismes, les villageois n'ont pas eu peur du tout. Mais le cratère a craqué, l'eau mixée aux rochers et à la boue a tout embarqué sur son passage. En descendant du volcan, elle s'est naturellement couchée dans le lit des rivières et des ruisseaux jusqu'à dévaler dans le Rio Chiquito. Le volcan et la coulée de boue
le volcan Casita
Photographie : UNAN-Leon
Résultat, en dévalant, l'eau a emporté 5 villages et a provoqué la mort de 2000 personnes.

prev2000 : 2000morts, c'est le chiffre le plus important qu'on a recensé pour cette catastrophe naturelle...

Pierre-Marie Sarant : Il faut réaliser que 2000 morts sur une commune de 16000 habitants, c'est énorme.
Ils ont eu de la chance, eux...
Il n'y a pas une personne qui ne connaisse quelqu'un de décédé.
Les enfants ont perdu leurs copains de classe.
Et certains vont se poser la question :
" Pourquoi pas moi? ".
Une interrogation qui revient chez les victimes des catastrophes naturelles.
enfants de Posoltega
Photographie : Ministère des relations extérieures du Nicaragua
Quand nait le sentiment d'incompréhension et de culpabilité, c'est là qu'une aide psychologique devient primordiale. L'aide humanitaire ne s'arrête pas aux secours d'urgence. Il y a besoin d'apporter des soins pour les traumatismes d'ordre mental .
Rédaction S.Jeaneau Validation P.M. Sarant
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