Catastrophes naturelles
les mouvements de terrains

Le 13 Novembre 1985, à 23h3O, une coulée de boue dévaste la ville d'Armero en Colombie.
Le volcan Nevado del Ruiz, situé à 40 km, est brusquement entré en éruption deux heures avant. En quelques secondes, une petite partie (10% seulement) de la glace et les neiges éternelles qui recouvrent le volcan à son sommet fondent sous l'action de la chaleur.
Carte Colombie
La terre qui a déjà subi une pluie de cendres 3 semaines auparavant, ramollit dans le même temps.
animation Armero Tous les ingrédients sont là pour une coulée de boue.
Emportant tout sur son passage, fragments de glace, bouts de bois et dépôts divers, la coulée (lahars) dévale vers Armero en grossissant dangereusement.
Son chemin est tout tracé : c'est exactement le même que lors de la dernière éruption, le 8 février 1845.

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Le raz de marée boueux, guidé au nord par le lit de la rivière Azufrado et au nord-est par la rivière Agunilla, suit les flancs du volcan. Le lit de la rivière Agunilla
la vallée
Photo : R.D'Ercole -Université de Savoie

Le flot atteint jusqu'à 80 km/h. Les deux rivières Azufrado et Lagunilla forment ce "V" géant dont Armero est le triste point de rencontre.
Le torrent de boue fait déborder la rivière qui longe la ville. Celle-ci ensevelit toute la cité. Il ne restera que 80 maisons sur 4500.
Le spectacle est apocalyptique : 25 000 personnes trouvent la mort.
 
Arméro vue aérienne avant et après la coulée
armero -avant- Armero -après-
Photo : Institut Géographique Agustin Codazzi
 
Le choc dans les médias est terrible d'autant plus que cette catastrophe avait été annoncée quelques jours auparavant par les scientifiques.
 
L'analyse

Le volcan Nevado del Ruiz est situé sur la cordillère centrale de Colombie, région du globe en proie à de gigantesques mouvements de l'écorce terrestre.
Dès novembre 1984, une fonte des glaces anormale alerte la communauté scientifique présente sur le terrain. Ce phénomène, ajouté aux tremblements de terre ressentis près du volcan, annonce une reprise de l'activité volcanique.
En août 1985, le phénomène s'amplifie.
En septembre, des explosions violentes projettent des blocs de pierre à 2 km ainsi qu'une pluie de cendres sur les régions avoisinantes (30 km).
Le cratére du Nevado Del Ruiz
bloc projeté
Photo : J. Marso
Novembre 1985
Les scientifiques qui se sont déplacés en grand nombre sur le terrain ne trouvent pas les moyens d'alerter la population. En effet la carte des risques qui montre la menace pesant sur Armero n'est disponible qu'une douzaine de jours avant la catastrophe et sa diffusion reste confidentielle.
De plus, le volcan est à plus de 40 km d'Armero et on ne peut pas le voir depuis la ville; Il est difficile de sensibiliser sur un danger invisible et sur un phénomène naturel (lahars) encore mal connu à l'époque !

Les leçons d'un tel drame sont donc nombreuses autant pour les scientifiques que pour les autorités. Pourquoi la population d'Armero n'a pas été évacuée alors que la catastrophe était prévisible?
Pour comprendre il faut revivre cette journée du 13 novembre 1985.

La première explosion secoue les flancs du Nevado del Ruiz. 15 h
Une heure plus tard, le directeur de la protection civile du département est alerté.
Il décide de réunir les responsables régionaux mais certaines personnes très importantes comme le gouverneur ou le commandant de la police sont absentes.
16h
à
19h
Un message d'évacuation est transmis par les radios mais peu de gens l'entendent :
Il y a un match de football au même moment à la télévision !
20h
Alors que les cendres tombent déjà sur Armero, un prêtre et un professeur (se basant sur des informations fausses en provenance de la capitale), rassurent la population à travers les haut-parleurs de l'église.
Ils conseillent aux habitants de rester calmement chez eux et de s'appliquer un mouchoir sur le nez.
Le maire d'Armero essaye d'entrer en contact avec le comité de sécurité mais c'est impossible à cause des mauvaises communications téléphoniques.
21h
Le maire reçoit un appel d'un village proche du cratère lui confirmant l'éruption.
Il ordonne aux pompiers d'évacuer les habitants vivant au bord de la rivière.
21h 45
à
23h00
C'est trop tard, le torrent de boue déferle sur la ville. 23h30
Ces événements dramatiques nous montrent que les autorités n'ont pas su réagir à temps et avertir la population.
La presse accuse Les quelques mesures prises à Armero étaient inutiles ou arrivaient trop tard.
Le mauvais état du téléphone et de l'électricité ne fit que compliquer les choses.
Au lendemain du drame, la presse Colombienne mettait en évidence les carences des autorités.
la presse
Photo : R.D'Ercole
Université de Savoie
Mais pour comprendre les causes profondes de cette catastrophe il faut détacher son regard des faits de cette journée et regarder l'ensemble du pays.
La Colombie est un pays en voie de développement. La population vit surtout de l'agriculture (café, riz, coton, soja). Malheureusement les bonnes terres sont rares, ce qui explique pourquoi autant de monde vit au pied de ce volcan, riche en terre fertile.
Les responsables politiques n'ont-ils pas minimisés les risques afin de protéger l'économie locale ?
Enfin, le gouvernement colombien a une autre préoccupation : la lutte contre les mouvements révolutionnaires. Depuis juin 1985 les organisations de guérilla ont repris, l'une après l'autre, la lutte armée. Entre le 6 et le 9 novembre 1985, le M-19 (Mouvement du 19 avril) occupe le Palais de Justice de Bogota. Il est délogé par la police au prix d'une centaine de morts.
L'événement mobilise la presse et l'opinion, faisant passer au second plan tous les autres sujets…
 
Rédaction A.Meslem
H. Corbé
Validation R.D'Ercole
Université de Savoie
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