Mouvements de terrains/phénomène
David et Goliath

Tout le monde frémit à l'idée qu'un tremblement de terre peut ébranler soudainement et furieusement notre région.
Tout le monde, aussi, frissonne en imaginant qu'un volcan rageur, surgissant de notre paisible horizon, risque un jour de vomir sa lave dans notre direction.
Ces phénomènes, comme à une plus grande échelle la tectonique des plaques et la naissance des montagnes, sont les mouvements endogènes (du grec endo, dedans, et genos, origine) : mouvements qui prennent naissance à l'intérieur de la Terre.
Parfois plus sournois, d'autres types de mouvements menacent gravement les êtres vivants de la planète. Ce sont les mouvements exogènes (du grec exô, au-dehors, et genos, origine) : mouvements qui se forment sous l'action d'agents extérieurs (pluie, gel, vent…).
Ce sont eux que nous allons découvrir maintenant…
volcan, gouffre et petite taupe


Un voisinage inévitable


Plus ou moins brutaux, plus ou moins subits, plus ou moins étendus, les mouvements de terrains exogènes sont responsables les années clémentes d'un millier de morts au minimum. Mais lorsqu'un déclencheur de grande ampleur surgit, comme le monstrueux cyclone Mitch, les victimes se comptent, en quelques jours, par milliers !

il faut tout prévoir ! Sans succomber à la panique, il faut accepter le fait qu'un grand nombre de terriens sera confronté dans sa vie à un mouvement de terrain.

Un homme averti en valant deux, ce sont la prévision et la prévention qui restent les meilleurs moyens de limiter les dégâts et de sauver des vies. Comme nous le verrons, des hommes ont développé pour cela des méthodes et des stratégies.
Malheureusement ces moyens restent souvent trop chers pour les pays les plus pauvres qui sont exposés aux catastrophes naturelles.

L'Hydre à 6 têtes
Comme certains monstres de la mythologie, les mouvements de terrains présentent plusieurs visages.

Autopsie de la vilaine bête…
vilaine bête !

Glissement de terrain
Les formations géologiques font de la luge !

Un glissement de terrain, c'est un versant instable de montagne ou de colline qui se détache et glisse dans le sens de la pente.
Le volume du glissement dépend de la surface et de la profondeur de la rupture.


La Conchita / Californie
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Les grands mouvements de plusieurs millions de m³ peuvent modifier de façon très importante le relief d'une région.

La plupart du temps, leur vitesse de déplacement est de quelques mm ou cm par an, mais ils peuvent subir une accélération brutale (quelques mètres/jour) et surtout dégénérer en coulée au contact de l'eau (fortes pluies, fonte des neiges…).
C'est alors qu'ils sont les plus dangereux.
la conchita
Photo : R.L. Schuster
U.S. Geological Survey
www.usgs.gov
.

Coulées
Quand les vagues sont de boue

Les coulées sont caractérisées par le transport de matériaux sous forme plus ou moins fluide, sur les versants ou dans le lit des torrents (thalweg).
Vestige d'une coulée boueuse
Barcelonnette - france
Souvent rapides et extrêmement dangereuses, les coulées sont déclenchées par un excès d'eau (pluies exceptionnelles, fonte des neiges ou d'un glacier…).
vestige d'une coulée
Photo : M. Toulemeont
M.A.T.E.

On peut les classer en trois grandes catégories :

Les coulées boueuses ou "glissements de terrains liquides" qui sont très souvent la conséquence de la déforestation.

La couche superficielle du sol, soumise à de fortes précipitations, se décroche et glisse en amas visqueux le long de la pente.
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coulée boueuse
© BRGM

Les favelas (bidonvilles) qui poussent comme des champignons sur les collines autour de Rio de Janeiro y sont particulièrement exposés.

Les coulées torrentielles (bizarrement appelées laves torrentielles) qui utilisent le lit des torrents pour transporter les matériaux en périodes de crues. Les volumes transportés peuvent être considérables (plusieurs centaines de milliers de m³) et leurs conséquences dévastatrices.

Un bloc charrié par un lahars !  
bloc sur le site d'armero Enfin, les lahars (mot javanais) qui sont des coulées boueuses à débris de roches volcaniques.
Leurs effets destructeurs sont supérieurs aux éruptions qui les précèdent
(notre dossier "Armero").
Photo : R.D'Ercole
Université de Savoie
 


Chutes de blocs
Il pleut des rochers

Une "écaille" rocheuse
Maupas- France
Les chutes de blocs proviennent de la dégradation d'une falaise ou d'un versant rocheux. Une écaille
Photo : J.L. Durville
LCPC

Selon le volume, qui se détache, on leur donne un nom différent :

Chutes de pierres < à 0,1 m3
Chutes de blocs entre 0,1 m3 et 100 m3
Ecroulements entre 100 m3 et 10.000 m3
Ecroulements majeurs entre 10.000 m3 et 10 millions de m3
Ecroulements catastrophiques > à 10 millions de m3

  La Clapière- France
Tous les mouvements de faible volume (jusqu'à quelques milliers de m³) ont en commun leur soudaineté et leur rapidité.
Vous avez pas vu mes lunettes ?
  Photo : M. Toulemont/J.L. Durville
Il faut s'en méfier car leurs trajectoires associent rebondissement, roulement, glissement…
Les ruptures des massifs rocheux de grands volumes (plus d'un million de m³) sont plus complexes et peuvent se produire sur des décennies après l'apparition de crevasses profondes.

Les très grands écroulements (dits catastrophiques) produisent des comportements encore mal connus : Ainsi, en 1248, plus 500 millions de m³ de rochers s'écroulent du Mont Granier(en Savoie, France) et inexplicablement roulent comme "poussés par les diables" sur plus de 3 km dans la plaine parsemée de nombreux villages d'agriculteurs. Aujourd'hui, les scientifiques, qui n'aiment pas trop faire intervenir le diable dans leurs calculs, supposent que la chaleur (plus de 100°C) provoquée par ce type de monstrueux écroulement crée un véritable coussin de vapeur d'eau sur laquelle "surfent" des rochers de plusieurs tonnes !


Les effondrements et affaissements
Des p'tit trous, des p'tits trous, toujours des p'tits trous…

Bargemont- France
Effondrement d'une cavité naturelle par dissolution du gypse
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Qu'il s'agisse de cavités naturelles lentement rongées par l'eau durant des millénaires ou de carrières souterraines ayant servis à l'extraction de minerai et de matériaux de construction, il est évidemment plus dangereux de vivre au dessus d'un trou qu'à côté !
effondrement
Photo : M. Toulement
M.A.T.E


Cependant, l'homme a dû souvent creuser sous des lieux habités pour assurer les besoins en matériaux des nouvelles constructions ou pour suivre le labyrinthe des veines de charbon.
Ces cavités, généralement sans danger pour la surface, à l'époque de l'exploitation, ont un toit plus ou moins solide qui subit, au fil du temps, des contraintes dues à son poids, à son âge et à l'infiltration de l'eau.
Quand la cavité est très profonde (plus de 1000 m pour de nombreuses mines de charbon), les tassements de terrains sont très amortis en surface. Ils peuvent toutefois entraîner des affaissements endommageant les bâtiments et les canalisations.
Quand la cavité est beaucoup plus proche de la surface (ex : carrière de craie ou de gypse), l'érosion de l'eau et la fatigue naturelle de la roche entraînent parfois la rupture du plafond des carrières et l'effondrement des terrains qui les recouvrent (le toit).

Paris et sa banlieue illustrent parfaitement les dangers que font courir les anciennes carrières abandonnées.
Le calcaire, la craie et le gypse ont été intensivement exploités au cours des siècles passés et aujourd'hui le sous-sol parisien est de ceux qui ressemblent très fort à un gruyère. En 1961, par exemple, à Clamart en banlieue parisienne, plus de 8 ha (la superficie de 10 terrains de football) se sont effondrés en entraînant la mort de 21 personnes. Issy-les Moulineaux - France
Effondrement d'une ancienne carrière de craie
Clamart 1961
Photo : M. Toulement
M.A.T.E


Les tassements et les gonflements-retraits
Lorsqu'un sous-sol se prend pour une éponge

Le sous-sol de la Terre regorge de rivières, de lacs souterrains et de nappes phréatiques qui participent activement au cycle de l'eau.
Dans les régions humides (marais, marécages, lagunes…) certains sols argileux ou tourbeux peuvent gonfler et se tasser sous l'effet de l'eau ou, au contraire, de la sécheresse. Dans les deux cas, ceci a de graves conséquences pour les constructions si on n'y prend pas garde.

La tour de Pise
Un exemple de bâtiment construit sur un sol compressible et dont l'édification a posé des problèmes à des générations d'architectes !
rappelez moi le nom de l'architecte ?
crédit : inconnu

Ce risque, qui ne met qu'exceptionnellement en jeu la vie humaine, peut prendre des proportions catastrophiques : La sécheresse, qui a sévit de l'hiver 1988 à l'hiver 1990, a ainsi fait de gros dégâts sur les constructions. En Angleterre, les dommages s'élèvent à 700 millions d'Euros pour l'année 1990. La même année, plus de 200 communes françaises sont déclarées sinistrées.

L'érosion littorale et fluviale
Cent fois sur le métier…

L'érosion est souvent considérée comme un phénomène lent et progressif, mais ses conséquences peuvent être brutales et dangereuses.

Chaque jour, à marée montante, la mer vient frapper le rocher et entraîne avec elle quelques grains de cette falaise qui nous semble si solide. Les falaises d'Etretat - France
Etretat
© BRGM

Nos grands-parents l'ont toujours connu, leurs parents et les parents de leurs parents aussi…et puis soudain, au cours d'une tempête pas plus terrible que bien d'autres, un gros morceau de la falaise disparaît et la maison qui avait une si belle vue avec…

Theys - France Cette histoire pourrait être la même pour la rivière qui coule paisiblement, encaissée entre deux berges, et qui, un jour où les conditions météorologiques sont particulièrement détestables, entraîne dans son lit (pas douillet) la route qui la longe !
erosion fluviale
Photo : M. Toulemont
M.A.T.E.

Rédaction Prévention
2000
Validation M. Toulemont
M.A.T.E
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les déclencheurs

Tant va la cruche à l'eau…

A l'échelle humaine, les sols qui nous entourent peuvent paraître immuables, mais cette stabilité est illusoire...

L'histoire géologique montre en effet que l'équilibre naturel, lentement façonné, peut soudainement subir des déformations, des ruptures et d'autres phénomènes d'érosion nuisibles pour l'homme.
Cette érosion se fait sous l'action de déclencheurs.
Attention patron, elle est froide !

En fait, le premier coupable c'est l'action de l'eau et plus particulièrement celle des précipitations. Ainsi, ce sont la pluie, la neige, la grêle, la glace, qui sont le plus souvent responsables de la déstabilisation des versants. L'action de l'eau ajoutée à d'autres déclencheurs, que nous allons démasquer plus loin, peut être catastrophique.

La chimie mine le minéral

Les éléments chimiques contenus dans l'eau sont parfois très corrosifs. L'eau de pluie, par exemple, chargée en dioxyde de carbone, ronge et dissout les formations calcaires. Les splendides grottes, qui émerveillent les spéléologues et les touristes, sont en réalité d'énormes caries faites dans la roche. Saviez-vous qu'en terrain calcaire, l'eau souterraine emporte par dissolution environ 50 tonnes de calcaire par km² et par an !
A cette action, somme toute naturelle, s'ajoute les désordres crées par l'homme…


L'eau et l'homme : deux complices !

En quittant la préhistoire, l'homme s'est sédentarisé.
deforestation Il a commencé à défricher le pourtour de son village pour cultiver la terre et faire des pâturages.
Depuis, la déforestation n'a pas cessé de s'amplifier, surtout après 1950 lorsque les machines d'abattage ont facilité le massacre des forêts.
La culture sur brûlis, (qui consiste a brûler les arbres pour laisser place aux cultures), et l'exploitation forestière intensive stérilisent les sols avant que les pluies et le ruissellement ne les décapent.
Quand il pleut, l'eau y entraîne, bien plus qu'ailleurs, glissements de terrains et chutes de blocs.
Parfois aussi, l'homme rompt localement l'équilibre naturel en effectuant de grands chantiers pour des infrastructures et des routes ou lors de l'exploitation hasardeuse de carrières ou de mines.

Tristes tropiques

Cette pluie, qu'on guette lors des bulletins de prévision météorologique pour savoir de quelle façon on va s'habiller et s'il faut s'encombrer d'un parapluie, engendre les pires désastres dans les régions tropicales.
En Amérique du Sud, sur l'équateur, plus précisément dans le pays, qui s'appelle (non pas par hasard) l'Equateur, dans la bourgade de La Joséphine, une catastrophe s'est produite en 1993. Un énorme glissement de terrain a barré la vallée en créant un immense lac. Puis, ce barrage naturel a cédé. L'eau s'est alors déversée dans la vallée à 11 000 m³/s en détruisant tout sur son passage et en entraînant d'autres glissements…

Novembre 1998 ; en refroidissant, les nuages du cyclone Mitch ont libéré d'un seul coup des trombes d'eau sur l'Amérique centrale. Il a plu en vingt-quatre heures autant qu'en un an habituellement.
Cette eau venue du ciel est la responsable de presque tous les morts et destructions. Des fleuves de boue en crue ont déferlé en détruisant tout sur leur passage. Des centaines de coulées boueuses, de glissements rocheux, d'écroulements ont dans un même temps accablé une même région.

Rédaction J.Goyallon Validation M. Toulemont
M.A.T.E
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