Catastrophes naturelles
Les tremblements de terre

Le sens de la Mitigation

SAN SALVADOR, 7 février 2001 04h23

NOTES PRISES JUSTE APRES LA REPLIQUE

Frank Hubert est un architecte Martiniquais précurseur infatigable du parasismique dans son île.
Il est parti au Salvador dans la cadre d'une mission dite de "post-évaluation" menée par l'Association Française du Génie Parasismique après le grand séisme du 13 Janvier 2001
 

3 jours après notre arrivée à San Salvador, au premier étage de notre hôtel, je suis brusquement réveillé par une réplique sismique : il est 4 heures 23 du matin.
Divers questionnements se bousculent en la circonstance, je les cite en vrac :

Les réflexes ne semblent pas correspondre avec les prévisions : en effet même pour quelqu'un d'averti, comme je crois l'être, les préméditations sont bien facilement oubliées.
Alors que la veille, j'avais prévu pour un tel cas un minimum de préparatifs : chaussures prêtes à enfiler, petite bouteille d'eau minérale et plaquette de pilules de "nivaquine", je me retrouve dans le couloir, tout comme mon voisin, nu-pieds et en sous-vêtements.

La réplique m'ayant paru à la fois impressionnante et objectivement longue, je me promets d'en vérifier par la suite la durée réelle. Ce seront les accélérogrammes (capteurs d'accélération *) qui demain devront confirmer ou infirmer mon appréciation.

Le chemin à utiliser pour gagner la sortie de l'hôtel (et, a fortiori de tout autre lieu où l'on est surpris par le séisme) est-il libre, suffisant en cas de bousculade et invulnérable ?

Pourquoi mes autres voisins, tout comme mes collègues de mission, que je n'ai pas retrouvé sur le palier ne sont-ils pas sortis de leur chambre ? La secousse les a-t-elle réveillés ?

J'en suis désormais convaincu:; le séisme est vraiment une expérience humaine pénible. Ce n'est pas un épiphénomène . C'est la différence d'échelle entre le temps humain et le temps géophysique qui nous induit en erreur nous faisant croire que les séismes sont des accidents, alors qu'il ne s'agit que d'un état naturel de la planète qui est en perpétuel mouvement.

Devons-nous alors capituler ? Non. Mais nous devons cesser de nous opposer à cette énergie inéluctable pour nous concentrer sur Ia recherche de nouveaux moyens de lutte.

Ces moyens ne pourront se déterminer que lors d'une réflexion à froid, dans le calme et dans la détermination tranquille. II est indispensable de passer en revue tous les moyens économiquement raisonnables et réalistes en sollicitant les intelligences sans modération.

Nos comptes-rendus, concernant le Salvador devront être présentés à nos élus de façon explicite et adaptée à l'aléa local et régional des Antilles : notre vision des problèmes sismiques est objectivement plus exploitable après notre mission au Salvador.

II est 5 h14
La réplique a cessé mais non les questions même primaires.
La secousse a-t-elle été ressentie en Martinique ?
C'est là-bas l'heure ou tous les enfants, y compris les miens se rendent à l'école...

Dés lors, on peut se poser le problème prépondérant de la fiabilité des bâtiments scolaires au-delà d'une intensité moyenne et celui, adjacent, de la définition de la notion d'intensité moyenne.

Y a-t-il eu des dégâts nouveaux au Salvador, que ce soit dans la Capitale ou dans les provinces déjà visitées la veille par la mission, et dont nous avons pu constater le triste état ?

Le séisme c'est-à-dire le déplacement des plaques tectoniques est innocent de tout et responsable de rien.
II agit comme les nuages, les orages, le vent, la mer, les montagnes et les volcans. Dirait-on que la mer est responsable du naufrages des gommiers ou du "Titanic" ?
Un iceberg n'est rien d'autre qu'un gros glaçon que certains mettent dans leur punch mais il peut détruire un navire sans méchanceté et sans état d'âme.
Nous ne devons pas oublier que ce ne sont pas les tremblements de terre, mais les constructions et les équipements des hommes qui tuent.
Il se produit chaque année sur la planète plus d'une vingtaine de séismes capables d'anéantir des populations entières, seuls quelques uns sont mortels, parce qu'ils touchent des zones habitées.
Les nomades, grâce à leur fragile habitat de toile, n'ont pas de discours sur les tremblements de terre et aucun Touareg n'est inscrit à l'AFPS.
Nous devons donc conserver l'espoir de pouvoir agir à moyen et à long terme pour limiter considérablement l'impact des catastrophes.

Ii ne s'agit ici ni de plaisanterie, ni de spéculations oiseuses.
Nous pensons que le temps est venu de la démystification et de la démythification des phénomènes naturels qui renforcent et dynamisent la volonté première des hommes : celle de faire face.

Il s'agit de continuer la recherche vers la mitigation optimum, en tenant compte de l'expression du barbadien Tony Gibbs qui parle, concernant les fléaux naturels de "spectacles impressionnants et admirables" dès lors que les hommes les auront contournés.
La gestion de crise comme l'organisation de l'architecture et de l'urbanisme paraissent, dans l'absolu, suffisantes pour atténuer de manière efficace les effets négatifs des séismes et autres catastrophes.

Nous sommes certes encore loin des résultats idéaux. Cependant, la prise de conscience et la détermination des élus comme du public, qui s'accroît chaque jour davantage, nous permet d'espérer une direction positive. Le travail engagé durera sans doute plusieurs décennies.

Ces quelques notes peuvent paraître banales mais tous ceux qui ont participé à leur première mission post sismique ont sans doute été agités par les mêmes réflexions.
Ces évidences ont en effet été réveillé par l'accumulation des intuitions, des inspirations et des sensations.

Les observations concrètes liées aux émotions variées sont peut être indispensables pour "comprendre" de l'Intérieur et aborder la mitigation comme une science à conquérir.

Pluridisciplinarité, motivations et coordinations sont indispensables pour organiser la prévention : la culture du risque sismique, tant au Salvador qu'ailleurs, est obligatoirement liée à la participation de toute la population.
II reste nécessaire de pouvoir mobiliser à la fois les moyens et les volontés utiles aux actions tant préventives que curatives.
C'est là que se pose la notion de coopération Interactive qui semble enfin, désormais émerger. […]

Dans l'autre sens l'expérience des Salvadoriens et leur forte conscience des tremblements de terre nous ont beaucoup appris.
Elles nous ont tout d'abord ancrés dans des certitudes qui aurait dû depuis longtemps être des évidences :

  • les choses n'arrivent pas qu'aux autres
  • le séisme est assimilable à une sorte de guerre et doit être abordé comme tel
  • enfin, nous devons nous convaincre de la nécessité incontournable de compter sur notre propre organisation

Rédaction Frank Hubert
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