| |
|
||
|
||
|
3 jours après notre arrivée à San Salvador, au premier
étage de notre hôtel, je suis brusquement réveillé
par une réplique sismique : il est 4 heures 23 du matin. Les réflexes ne semblent pas correspondre avec les prévisions
: en effet même pour quelqu'un d'averti, comme je crois l'être,
les préméditations sont bien facilement oubliées.
La réplique m'ayant paru à la fois impressionnante et objectivement longue, je me promets d'en vérifier par la suite la durée réelle. Ce seront les accélérogrammes (capteurs d'accélération *) qui demain devront confirmer ou infirmer mon appréciation. Le chemin à utiliser pour gagner la sortie de l'hôtel (et, a fortiori de tout autre lieu où l'on est surpris par le séisme) est-il libre, suffisant en cas de bousculade et invulnérable ? Pourquoi mes autres voisins, tout comme mes collègues de mission, que je n'ai pas retrouvé sur le palier ne sont-ils pas sortis de leur chambre ? La secousse les a-t-elle réveillés ? J'en suis désormais convaincu:; le séisme est vraiment une expérience humaine pénible. Ce n'est pas un épiphénomène . C'est la différence d'échelle entre le temps humain et le temps géophysique qui nous induit en erreur nous faisant croire que les séismes sont des accidents, alors qu'il ne s'agit que d'un état naturel de la planète qui est en perpétuel mouvement. Devons-nous alors capituler ? Non. Mais nous devons cesser de nous opposer à cette énergie inéluctable pour nous concentrer sur Ia recherche de nouveaux moyens de lutte. Ces moyens ne pourront se déterminer que lors d'une réflexion à froid, dans le calme et dans la détermination tranquille. II est indispensable de passer en revue tous les moyens économiquement raisonnables et réalistes en sollicitant les intelligences sans modération. Nos comptes-rendus, concernant le Salvador devront être présentés à nos élus de façon explicite et adaptée à l'aléa local et régional des Antilles : notre vision des problèmes sismiques est objectivement plus exploitable après notre mission au Salvador. II est 5 h14 Dés lors, on peut se poser le problème prépondérant de la fiabilité des bâtiments scolaires au-delà d'une intensité moyenne et celui, adjacent, de la définition de la notion d'intensité moyenne. Y a-t-il eu des dégâts nouveaux au Salvador, que ce soit
dans la Capitale ou dans les provinces déjà visitées
la veille par la
mission, et dont nous avons pu constater le triste état
? Ii ne s'agit ici ni de plaisanterie, ni de spéculations oiseuses. Il s'agit de continuer la recherche vers la mitigation optimum, en tenant
compte de l'expression du barbadien Tony Gibbs qui parle, concernant les
fléaux naturels de "spectacles impressionnants et admirables"
dès lors que les hommes les auront contournés. Nous sommes certes encore loin des résultats idéaux. Cependant, la prise de conscience et la détermination des élus comme du public, qui s'accroît chaque jour davantage, nous permet d'espérer une direction positive. Le travail engagé durera sans doute plusieurs décennies. Ces quelques notes peuvent paraître banales mais tous ceux qui
ont participé à leur première mission post sismique
ont sans doute été agités par les mêmes réflexions. Les observations concrètes liées aux émotions variées sont peut être indispensables pour "comprendre" de l'Intérieur et aborder la mitigation comme une science à conquérir. Pluridisciplinarité, motivations et coordinations sont indispensables
pour organiser la prévention : la culture du risque sismique, tant
au Salvador qu'ailleurs, est obligatoirement liée à la participation
de toute la population.
|
| Frank Hubert |
Télécharger l'article (Acrobat) |