PAUSANIAS
Géographe et grand voyageur grec
du IIe siècle apr. J.-C.,
il parcourut la Grèce, l'Italie et l'Orient.
Il écrivit une Description de la Grèce (Periégesis
Hellados),
ou Périégèse, en 10 livres, qui constitue une
précieuse
source de renseignements pour la connaissance
de la Grèce du IIe siècle .
Les fouilles ont confirmé à maintes reprises
l'exactitude de ses informations.
|
[...] Le courroux de Poséidon ne tarda pas à éclater
contre les Achéens de la région, qui avaient écarté
des suppliants du sanctuaire puis les avaient tués.
Un tremblement de terre, promptement, ébranla leur pays et fit
disparaître, sans laisser de traces pour les générations
à venir, non seulement les bâtiments d'habitation mais aussi
le sol même de la cité.
D'ailleurs, pour ce qui est des phénomènes qui accompagnent
les tremblement de terre (ceux qui se distinguent par leur ampleur et
qui ébranlent le sol sur une très grande étendue),
la divinité, d'ordinaire, les annonce par les mêmes signes:
de grosses pluies continues, ou bien des sécheresses se déclenchent
avant les tremblements de terre, pendant un temps assez long et, chaque
fois, la température est en contradiction avec la saison de l'année
où l'on se trouve: plutôt brûlante en hiver tandis
qu'en été, enveloppé de brumes, le cercle du soleil
offre une coloration plutôt inhabituelle, soit plus rouge, soit
même virant lentement au noir.
Le plus souvent, les sources manquent d'eau et parfois, des bourrasques
s'abattent sur le pays, déracinant les arbres; il arrive aussi
qu'il y ait dans le ciel des passages d'astres accompagnés d'une
grande flamme; on a vu aussi des formes d'astres que l'on ne connaissait
pas jusque-là et qui font naître une grande frayeur chez
les spectateurs; en outre, sous la terre, il y a une forte résonance
des souffles d'air et bien d'autres prodiges que la divinité veut
faire apparaître au préalable lors des violents tremblements
de terre.
Quant au fonctionnement lui-même du tremblement de terre, il n'y
en a pas d'une seule sorte: ceux qui se sont préoccupés
de tels phénomènes dès l'origine et ceux qui ont
bénéficié de leur enseignement ont pu remarquer,
pour les tremblements de terre, les formes suivantes:
Le plus doux, si du moins, dans une aussi grande calamité, nous
pouvons parler d'adoucissement, c'est quand, accompagnant la secousse
qui s'est déclenchée au début et le renversement
des édifices jusqu'au sol, une secousse opposée se produit
et redresse les constructions déjà renversées.
Dans une telle forme de séisme, il est possible de voir se redresser
des colonnes qui avaient failli être complètement arrachées
et tous les murs qui s'étaient disloqués reprendre d'un
bloc leur forme initiale;
des poutres que la secousse avait fait glisser hors de leur logement,
reviennent à nouveau à leur emplacement; de même,
les constructions des égouts ou encore toute installation destinée
à canaliser l'écoulement de l'eau, ont leurs fissures cimentées
mieux que par des ouvriers humains.
La deuxième forme de tremblement de terre provoque la destruction
des édifices les plus exposés et renverse aussitôt,
à la façon des machines de siège, ce sur quoi elle
lance son attaque.
Mais le plus destructeur de ces séismes, on a coutume de se le
représenter à peu près de la manière suivante:
c'est comme si le souffle interne de l'homme devenait plus oppressé
sous l'effet d'une fièvre continue et était repoussé
vers le haut par une force violente;
ce phénomène, au reste, se manifeste ailleurs dans le corps
et en particulier dans les bras, surtout à chaque poignet.
Selon le même processus donc, le tremblement de terre s'insinue
aussi, dit-on, directement dans les édifices et ébranle
les fondations, de la même manière que les amas de terre
que font les taupes sont rejetés vers le haut depuis les profondeurs
du sol.
Seule, une telle secousse ne laisse même pas d'indices prouvant
qu'il y avait eu un jour occupation du sol.
Ce fut cette forme de tremblement de terre qui, dit-on, à Hélicè,
à cette époque, secoua le sol, accompagné d'un autre
fléau qui survint â sa suite à la saison d'hiver.
La mer en effet s'avança fort en avant dans les terres et encercla
la ville d'Hélicè toute entière il y eut en particulier
une telle masse d'eau qui se déversa sur le bois sacré de
Poséidon que seules, les cimes des arbres restaient visibles.
A la faveur du tremblement de terre soudain que déclencha le dieu
et du déferlement des eaux qui se produisit en même temps,
le flot engloutit Hélicè avec tous ses habitants.
Or, il arriva, sous l'effet d'un désastre de ce genre précisément,
le second de cette forme, qu'une ville du Sipyle disparut dans une faille;
et depuis que la forme de la montagne a été brisée,
de l'eau s'en écoula et la faille devint un lac appelé Saloè:
les ruines de la cité étaient visibles dans le lac, avant
que l'eau du torrent ne les eût dissimulées.
Or, les ruines d'Hélicè aussi sont visibles, mais non plus
comme elles étaient cependant, car elles ont été
attaquées par l'eau salée. [...]
|