Catastrophes naturelles
Les tremblements de terre

L'Archaïe de Pausanias
Première échelle d'intensité
des séismes ?

Traduction de Yves Lafond
Etude critique du livre VII de la Périégèse

Thèse de Paris IV, 1990

PAUSANIAS
Géographe et grand voyageur grec du IIe siècle apr. J.-C.,
il parcourut la Grèce, l'Italie et l'Orient.


Il écrivit une Description de la Grèce (Periégesis Hellados),
ou Périégèse, en 10 livres, qui constitue une précieuse
source de renseignements pour la connaissance
de la Grèce du IIe siècle .
Les fouilles ont confirmé à maintes reprises
l'exactitude de ses informations.

[...] Le courroux de Poséidon ne tarda pas à éclater contre les Achéens de la région, qui avaient écarté des suppliants du sanctuaire puis les avaient tués.
Un tremblement de terre, promptement, ébranla leur pays et fit disparaître, sans laisser de traces pour les générations à venir, non seulement les bâtiments d'habitation mais aussi le sol même de la cité.
D'ailleurs, pour ce qui est des phénomènes qui accompagnent les tremblement de terre (ceux qui se distinguent par leur ampleur et qui ébranlent le sol sur une très grande étendue), la divinité, d'ordinaire, les annonce par les mêmes signes: de grosses pluies continues, ou bien des sécheresses se déclenchent avant les tremblements de terre, pendant un temps assez long et, chaque fois, la température est en contradiction avec la saison de l'année où l'on se trouve: plutôt brûlante en hiver tandis qu'en été, enveloppé de brumes, le cercle du soleil offre une coloration plutôt inhabituelle, soit plus rouge, soit même virant lentement au noir.
Le plus souvent, les sources manquent d'eau et parfois, des bourrasques s'abattent sur le pays, déracinant les arbres; il arrive aussi qu'il y ait dans le ciel des passages d'astres accompagnés d'une grande flamme; on a vu aussi des formes d'astres que l'on ne connaissait pas jusque-là et qui font naître une grande frayeur chez les spectateurs; en outre, sous la terre, il y a une forte résonance des souffles d'air et bien d'autres prodiges que la divinité veut faire apparaître au préalable lors des violents tremblements de terre.

Quant au fonctionnement lui-même du tremblement de terre, il n'y en a pas d'une seule sorte: ceux qui se sont préoccupés de tels phénomènes dès l'origine et ceux qui ont bénéficié de leur enseignement ont pu remarquer, pour les tremblements de terre, les formes suivantes:

Le plus doux, si du moins, dans une aussi grande calamité, nous pouvons parler d'adoucissement, c'est quand, accompagnant la secousse qui s'est déclenchée au début et le renversement des édifices jusqu'au sol, une secousse opposée se produit et redresse les constructions déjà renversées.
Dans une telle forme de séisme, il est possible de voir se redresser des colonnes qui avaient failli être complètement arrachées et tous les murs qui s'étaient disloqués reprendre d'un bloc leur forme initiale;
des poutres que la secousse avait fait glisser hors de leur logement, reviennent à nouveau à leur emplacement; de même, les constructions des égouts ou encore toute installation destinée à canaliser l'écoulement de l'eau, ont leurs fissures cimentées mieux que par des ouvriers humains.

La deuxième forme de tremblement de terre provoque la destruction des édifices les plus exposés et renverse aussitôt, à la façon des machines de siège, ce sur quoi elle lance son attaque.


Mais le plus destructeur de ces séismes, on a coutume de se le représenter à peu près de la manière suivante: c'est comme si le souffle interne de l'homme devenait plus oppressé sous l'effet d'une fièvre continue et était repoussé vers le haut par une force violente;
ce phénomène, au reste, se manifeste ailleurs dans le corps et en particulier dans les bras, surtout à chaque poignet.
Selon le même processus donc, le tremblement de terre s'insinue aussi, dit-on, directement dans les édifices et ébranle les fondations, de la même manière que les amas de terre que font les taupes sont rejetés vers le haut depuis les profondeurs du sol.
Seule, une telle secousse ne laisse même pas d'indices prouvant qu'il y avait eu un jour occupation du sol.
Ce fut cette forme de tremblement de terre qui, dit-on, à Hélicè, à cette époque, secoua le sol, accompagné d'un autre fléau qui survint â sa suite à la saison d'hiver.
La mer en effet s'avança fort en avant dans les terres et encercla la ville d'Hélicè toute entière il y eut en particulier une telle masse d'eau qui se déversa sur le bois sacré de Poséidon que seules, les cimes des arbres restaient visibles.
A la faveur du tremblement de terre soudain que déclencha le dieu et du déferlement des eaux qui se produisit en même temps, le flot engloutit Hélicè avec tous ses habitants.
Or, il arriva, sous l'effet d'un désastre de ce genre précisément, le second de cette forme, qu'une ville du Sipyle disparut dans une faille; et depuis que la forme de la montagne a été brisée, de l'eau s'en écoula et la faille devint un lac appelé Saloè: les ruines de la cité étaient visibles dans le lac, avant que l'eau du torrent ne les eût dissimulées.
Or, les ruines d'Hélicè aussi sont visibles, mais non plus comme elles étaient cependant, car elles ont été attaquées par l'eau salée. [...]


Rédaction Yves Lafond Validation A.Farnoux
Archéologue
Professeur à
Paris IV
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