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A l'échelle collective,
la première des mesures préventives consiste à éviter
de construire dans les zones à risque telles que les terrains trop
escarpés, le lit des rivières ou les plaines inondables.
En général, la population locale, et notamment les personnes
âgées, connaissent bien ces risques. Mais il arrive aussi
que le danger ne soit pas évident. Par exemple, s'il s'agit d'une
faille géologique, seul un arpenteur/géomètre ou
un géologue sont en mesure de la déceler.
La prévention commence aussi chez soi.
Il est capital de protéger les toitures contre les risques d'ouragan,
en sachant que le vent arrache plus facilement un toit plat qu'un toit
pyramidal.
Le coût de ces précautions, jugé trop élevé
par certains, ne représente pourtant qu'une faible part du coût
total de la construction. L'investissement est largement justifié.
Il faut aussi imposer des normes de construction plus rigoureuses, qui
obligent à un emploi approprié de l'acier et des bétons
mélangés. On renforcera la charpente des constructions en
bois par des étais et les angles par des crampons pour leur donner
la solidité d'une boîte.
Mais les risques ne concernent pas uniquement les parties vives d'une
construction.
A l'intérieur, voici quelques précautions à prendre:
les
objets lourds comme les armoires, postes de télévision ou
chaînes stéréo devraient être fixés aux
murs;
les
objets les plus pesants devraient être placés sur les étagères
les plus basses;
les
chaudières et bonbonnes de gaz devraient être vissées
au mur;
tous les membres du foyer devraient savoir comment couper le gaz, l'électricité
ou l'arrivée d'eau;
les
objets suspendus tels que plafonniers ou ventilateurs devraient être
solidement attachés au plafond;
les
étagères devraient être équipées d'un
dispositif (grillage métallique ou treillis de bois) pour empêcher
les objets qu'elles supportent de tomber en cas de secousse;
il faudrait prévoir un dispositif pour empêcher les liquides
tels que carburants, produits chimiques et toxiques de se répandre;
il
faudrait poser du papier collant sur les vitrages pour éviter les
éclats de verre.
A l'échelle nationale, les pouvoirs publics devraient intégrer
la prévention à leurs dispositifs anti-catastrophe.
Les plans d'occupation des sols devraient interdire toute construction
dans les zones qui risquent d'être inondées disons tous les
trente ans: il suffirait de les aménager en terrains de golf ou
en parcs.
Il faut aussi veiller à ne pas déboiser les pentes trop
escarpées.
Mais les planificateurs et les décideurs n'ont pas forcément
les mains libres. Quand une rivière passe au beau milieu d'une
ville, la prévention se borne à aménager un plan
d'urgence pour sauver un maximum de vies humaines et limiter les dégâts
matériels.
On peut par exemple interdire aux gens de dormir au rez-de-chaussée
des maisons, construire des digues et mettre en place des systèmes
d'alerte et d'évacuation.
Il convient aussi d'élaborer des normes de construction plus rigoureuses,
de revoir et de renforcer celles déjà en vigueur, l'objectif
étant de permettre aux bâtiments de résister à
un séisme de magnitude 7 et à des vents soufflant à
plus de 200 km/h.
Les nombreux bâtiments déjà construits ont besoin
d'être réaménagés selon les nouvelles normes,
opération qui coûte plus cher que de construire du neuf qui
résiste aux catastrophes.
Priorité doit être donnée aux bâtiments publics
importants et aux ponts, sans négliger pour autant de renforcer
la résistance des bâtiments plus modestes, comme on l'a fait
en Inde et au Pérou.
Ainsi, la simple utilisation de mortier et de grillage à poules
se révèle très efficace pour renforcer la résistance
des murs en terre sèche aux séismes.
Afin de continuer à fonctionner, la logistique de base et les services
de secours (hôpitaux, postes de police, abris, mais aussi réseaux
d'eau et d'électricité, système d'égouts)
doivent pouvoir aussi résister aux cataclysmes.
Il faut concevoir - ou réaménager - ces infrastructures
suivant des normes de sécurité encore plus rigoureuses que
celles des autres constructions. Cela vaut en particulier pour les hôpitaux,
qui risquent la paralysie même quand ils ne subissent pas de dommages
structurels.
Les mesures préventives non structurelles sont également
vitales.
On explique souvent la carence des mesures préventives dans les
pays pauvres par le prix élevé de celles-ci.
Mais ces pays peuvent-ils se permettre de faire l'impasse sur de telles
mesures? En 1994, l'ouragan Debby frappait l'île antillaise de Sainte-Lucie,
provoquant inondations et glissements de terrain catastrophiques.
Le coût des pertes agricoles s'est élevé à
12% du PNB de l'île en 1993.
N'aurait-il réduit ces coûts que de 1 %, l'investissement
dans des mesures de prévention se serait révélé
rentable.
Cependant il est difficile de mobiliser les pouvoir publics tant qu'on
ne dispose pas d'études détaillées qui montrent que
les avantages des dispositifs de prévention compensent largement
leur coût.
- Des toitures à l'épreuve
des cyclones
L'exemple du Bangladesh est à cet égard encourageant: la
mise en place de systèmes d'alerte et la construction d'abris ont
permis de réduire considérablement le nombre de victimes
des cyclones et les pertes en bétail.
En Jamaïque, le passage de l'ouragan Gilbert en 1988 a prouvé
l'efficacité des toits spécialement conçus pour résister
aux vent violents. La plupart des bâtiments reconstruits après
le cyclone de 1951 avec une toiture d'un nouveau type conservèrent
celle-ci, contrairement à un grand nombre d'édifices plus
récents et luxueux qui étaient coiffés de toits plats
ou légèrement en pente, comme on en construisait beaucoup
dans les années 70 et 80.
En Californie et au Japon, les bâtiments anti-sismiques ont brillamment
supporté le choc des derniers tremblements de terre.
Ce fut aussi le cas des maisons californiennes de type ancien qui avaient
subi un traitement approprié.
Malheureusement, on n'en a guère parlé, car les médias
s'intéressent surtout aux maisons qui s'effondrent.
Les moyens d'information ont pourtant un rôle déterminant
à jouer en faveur des mesures préventives, surtout au cours
de la période de reconstruction qui suit un cataclysme.
La prévention est tout aussi vitale pour la défense de l'environnement.
L'aménagement des bassins versants en altitude risque d'avoir d'autant
plus de répercussions sur le milieu marin que la distance entre
les montagnes et la côte est réduite, comme c'est le cas
dans les pays de faible superficie.
L'érosion excessive des sols charrie vers l'océan des boues
sablonneuses qui tuent les coraux et les poissons. Or les récifs
de corail contribuent à freiner l'érosion des côtes
et des plages.
Affaiblir cette barrière naturelle, c'est exposer davantage le
littoral aux inondations, lesquelles aggravent à leur tour l'érosion.
Comme ces récifs sont aussi des frayères pour les poissons,
cela retentit directement sur l'industrie de la pêche, en particulier
dans les pays insulaires, sans parler des effets négatifs que cette
destruction, jointe à celle des plages, entraîne pour le
tourisme.
Enfin, les cours d'eau pollués par des rejets chimiques deviennent
une source de nuisances pour la vie marine; ils amoindrissent la résistance
des massifs coralliens aux vagues et, partant, aux risques naturels.
On voit par là que le dialogue entre responsables de l'aménagement
et responsables de la prévention est indispensable.
Mais la prévention ne saurait être efficace sans la participation
de la société tout entière.
C'est pourquoi les plans d'intervention doivent inclure les collectivités
locales dans la programmation tout en recherchant des appuis politiques
et financiers à l'échelon national et international.
La prévention doit devenir un réflexe au quotidien.
Si le 20e siècle a inventé la prévention et la gestion
rationnelle des risques, il appartient au siècle à venir
d'intégrer cette gestion dans les activités de planification
à tous les niveaux de la société.
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