Catastrophes naturelles
Les tremblements de terre

Les moyens d'affronter
les risques

Par Barbara CARBY
Director of the Office of Disaster Preparedness
and Emergency Management
Reproduit d'après " Les courriers de l'UNESCO " Octobre 1997

A l'échelle collective, la première des mesures préventives consiste à éviter de construire dans les zones à risque telles que les terrains trop escarpés, le lit des rivières ou les plaines inondables.
En général, la population locale, et notamment les personnes âgées, connaissent bien ces risques. Mais il arrive aussi que le danger ne soit pas évident. Par exemple, s'il s'agit d'une faille géologique, seul un arpenteur/géomètre ou un géologue sont en mesure de la déceler.
La prévention commence aussi chez soi.
Il est capital de protéger les toitures contre les risques d'ouragan, en sachant que le vent arrache plus facilement un toit plat qu'un toit pyramidal.
Le coût de ces précautions, jugé trop élevé par certains, ne représente pourtant qu'une faible part du coût total de la construction. L'investissement est largement justifié.
Il faut aussi imposer des normes de construction plus rigoureuses, qui obligent à un emploi approprié de l'acier et des bétons mélangés. On renforcera la charpente des constructions en bois par des étais et les angles par des crampons pour leur donner la solidité d'une boîte.

Mais les risques ne concernent pas uniquement les parties vives d'une construction.
A l'intérieur, voici quelques précautions à prendre:

 les objets lourds comme les armoires, postes de télévision ou chaînes stéréo devraient être fixés aux murs;

 les objets les plus pesants devraient être placés sur les étagères les plus basses;

 les chaudières et bonbonnes de gaz devraient être vissées au mur;

tous les membres du foyer devraient savoir comment couper le gaz, l'électricité ou l'arrivée d'eau;

 les objets suspendus tels que plafonniers ou ventilateurs devraient être solidement attachés au plafond;

 les étagères devraient être équipées d'un dispositif (grillage métallique ou treillis de bois) pour empêcher les objets qu'elles supportent de tomber en cas de secousse;

  il faudrait prévoir un dispositif pour empêcher les liquides tels que carburants, produits chimiques et toxiques de se répandre;

 il faudrait poser du papier collant sur les vitrages pour éviter les éclats de verre.

A l'échelle nationale, les pouvoirs publics devraient intégrer la prévention à leurs dispositifs anti-catastrophe.
Les plans d'occupation des sols devraient interdire toute construction dans les zones qui risquent d'être inondées disons tous les trente ans: il suffirait de les aménager en terrains de golf ou en parcs.
Il faut aussi veiller à ne pas déboiser les pentes trop escarpées.

Mais les planificateurs et les décideurs n'ont pas forcément les mains libres. Quand une rivière passe au beau milieu d'une ville, la prévention se borne à aménager un plan d'urgence pour sauver un maximum de vies humaines et limiter les dégâts matériels.
On peut par exemple interdire aux gens de dormir au rez-de-chaussée des maisons, construire des digues et mettre en place des systèmes d'alerte et d'évacuation.

Il convient aussi d'élaborer des normes de construction plus rigoureuses, de revoir et de renforcer celles déjà en vigueur, l'objectif étant de permettre aux bâtiments de résister à un séisme de magnitude 7 et à des vents soufflant à plus de 200 km/h.

  •  Sécurité d'abord

Les nombreux bâtiments déjà construits ont besoin d'être réaménagés selon les nouvelles normes, opération qui coûte plus cher que de construire du neuf qui résiste aux catastrophes.
Priorité doit être donnée aux bâtiments publics importants et aux ponts, sans négliger pour autant de renforcer la résistance des bâtiments plus modestes, comme on l'a fait en Inde et au Pérou.
Ainsi, la simple utilisation de mortier et de grillage à poules se révèle très efficace pour renforcer la résistance des murs en terre sèche aux séismes.

Afin de continuer à fonctionner, la logistique de base et les services de secours (hôpitaux, postes de police, abris, mais aussi réseaux d'eau et d'électricité, système d'égouts) doivent pouvoir aussi résister aux cataclysmes.
Il faut concevoir - ou réaménager - ces infrastructures suivant des normes de sécurité encore plus rigoureuses que celles des autres constructions. Cela vaut en particulier pour les hôpitaux, qui risquent la paralysie même quand ils ne subissent pas de dommages structurels.

Les mesures préventives non structurelles sont également vitales.
On explique souvent la carence des mesures préventives dans les pays pauvres par le prix élevé de celles-ci.
Mais ces pays peuvent-ils se permettre de faire l'impasse sur de telles mesures? En 1994, l'ouragan Debby frappait l'île antillaise de Sainte-Lucie, provoquant inondations et glissements de terrain catastrophiques.
Le coût des pertes agricoles s'est élevé à 12% du PNB de l'île en 1993.
N'aurait-il réduit ces coûts que de 1 %, l'investissement dans des mesures de prévention se serait révélé rentable.

Cependant il est difficile de mobiliser les pouvoir publics tant qu'on ne dispose pas d'études détaillées qui montrent que les avantages des dispositifs de prévention compensent largement leur coût.

  •   Des toitures à l'épreuve des cyclones

L'exemple du Bangladesh est à cet égard encourageant: la mise en place de systèmes d'alerte et la construction d'abris ont permis de réduire considérablement le nombre de victimes des cyclones et les pertes en bétail.

En Jamaïque, le passage de l'ouragan Gilbert en 1988 a prouvé l'efficacité des toits spécialement conçus pour résister aux vent violents. La plupart des bâtiments reconstruits après le cyclone de 1951 avec une toiture d'un nouveau type conservèrent celle-ci, contrairement à un grand nombre d'édifices plus récents et luxueux qui étaient coiffés de toits plats ou légèrement en pente, comme on en construisait beaucoup dans les années 70 et 80.

En Californie et au Japon, les bâtiments anti-sismiques ont brillamment supporté le choc des derniers tremblements de terre.
Ce fut aussi le cas des maisons californiennes de type ancien qui avaient subi un traitement approprié.
Malheureusement, on n'en a guère parlé, car les médias s'intéressent surtout aux maisons qui s'effondrent.
Les moyens d'information ont pourtant un rôle déterminant à jouer en faveur des mesures préventives, surtout au cours de la période de reconstruction qui suit un cataclysme.

La prévention est tout aussi vitale pour la défense de l'environnement. L'aménagement des bassins versants en altitude risque d'avoir d'autant plus de répercussions sur le milieu marin que la distance entre les montagnes et la côte est réduite, comme c'est le cas dans les pays de faible superficie.
L'érosion excessive des sols charrie vers l'océan des boues sablonneuses qui tuent les coraux et les poissons. Or les récifs de corail contribuent à freiner l'érosion des côtes et des plages.
Affaiblir cette barrière naturelle, c'est exposer davantage le littoral aux inondations, lesquelles aggravent à leur tour l'érosion.
Comme ces récifs sont aussi des frayères pour les poissons, cela retentit directement sur l'industrie de la pêche, en particulier dans les pays insulaires, sans parler des effets négatifs que cette destruction, jointe à celle des plages, entraîne pour le tourisme.
Enfin, les cours d'eau pollués par des rejets chimiques deviennent une source de nuisances pour la vie marine; ils amoindrissent la résistance des massifs coralliens aux vagues et, partant, aux risques naturels.

On voit par là que le dialogue entre responsables de l'aménagement et responsables de la prévention est indispensable.
Mais la prévention ne saurait être efficace sans la participation de la société tout entière.
C'est pourquoi les plans d'intervention doivent inclure les collectivités locales dans la programmation tout en recherchant des appuis politiques et financiers à l'échelon national et international.

La prévention doit devenir un réflexe au quotidien.
Si le 20e siècle a inventé la prévention et la gestion rationnelle des risques, il appartient au siècle à venir d'intégrer cette gestion dans les activités de planification à tous les niveaux de la société.


Rédaction Le courrier de l'Unesco
octobre 97
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