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Qu’est-ce que l’éducation
à la prévention des risques majeurs ? Quel lien y-a-t-il
entre l’éducation à l’environnement, au développement
durable, à la sûreté et à la citoyenneté
?
Quelles sont ses objectifs ?
Quelles démarches adoptent-elle ?
Où en est la France et quelles sont les perspectives en ce domaine
?
L’éducation à la prévention des risques majeurs
est à la croisée d’une éducation à l’environnement
et d’une éducation à la sûreté, où
elle côtoie l’éducation civique, l’éducation
aux transports, à la sécurité domestique, au travail
et dans les activités de sports et de loisirs. Par son caractère
progressif et transversal aux disciplines existantes et aux thèmes
de l’environnement, de la sécurité, de la santé
et du civisme, elle devrait engendrer des comportements plus sûrs,
plus solidaires, et conformes à l’évolution souhaitée
: un nécessaire éveil à la responsabilité
individuelle dans la perspective d’un développement «
soutenable » des territoires.
Nous nommerons « éducation préventive » l’éducation
à la prévention des risques majeurs, au même titre
qu’il existe une information préventive des populations.
Objectifs
Dans le cadre d’une éducation formelle et scolaire, l’éducation
préventive répond aux objectifs que se sont donnés
les disciplines et en particulier l’éducation à la
citoyenneté :
- une éducation au sens des responsabilités individuelles
et collectives,
- l’éducation au jugement (par l’exercice de l’esprit
critique et la pratique de l’argumentation),
- par l’acquisition de savoirs donnant un sens aux règles
de la vie sociale et politique.
Cet apprentissage devrait être progressif ; les élèves
acquièrent des notions clefs, le vocabulaire approprié,
des méthodes d’analyse de situation face à un aléa*
donné et en regard considèrent les enjeux* de manière
critique et argumentée.
* L’aléa
correspond à la probabilité de survenue d’un
phénomène.
* L’enjeu est l’ensemble des personnes et des biens
susceptibles d’être affectés par un phénomène. |
Cette éducation est un lieu d’apprentissage de la vie en
société.
A l’école, au collège, et au lycée, l’éducation
doit permettre à chaque enfant de réaffirmer son identité,
d’acquérir le respect des autres, de participer à
la vie de l’établissement, de faire preuve de responsabilité,
d’autonomie et d’esprit d’initiative.
La progressivité des savoirs et des pratiques dans différentes
disciplines le permet.
Les disciplines contribuent à la formation de la personne par la
pratique des conduites sociales et la créativité qu’elles
favorisent.
L’éducation à la prévention des risques s’inscrit
totalement dans ce dispositif. Par la diversité des champs culturels,
l’éducation à la prévention des risques se
prête au travail interdisciplinaire : en géographie, sciences
de la vie et de la terre, histoire, langues, éducation physique
et sportive en correspondance avec l’éducation civique au
collège et l’éducation civique juridique et sociale
au lycée.
L’école n’a pas l’exclusivité de cette
éducation préventive, sauf que dans le cadre d’une
généralisation elle n’en est pas moins le lieu privilégié.
Démarches
Cette éducation préventive permet de placer l’enfant
en situation d’acteur. Il a droit au savoir, mais il a aussi le
devoir d’aller chercher l’information. En suscitant sa curiosité
pour aller au devant de l’information, l’enfant trouve plaisir
à savoir « avant ». C’est ainsi qu’on éduque
à la responsabilité en montrant que l’anticipation
permet de se préparer à agir et à agir en toute conscience.
L’enfant est amené à mesurer la portée de ses
actes et à comprendre que ses droits engagent sa responsabilité.
En se faisant confiance à lui-même, l’enfant est alors
prêt à établir des rapports de confiance au sein de
la communauté scolaire et ainsi de devenir solidaire de ses camarades
et de son entourage. Solidarité d’autant plus utile, qu’elle
favorisera des relations de bon sens avec l’extérieur lors
de la survenue d’un phénomène.
La prévention commence par la conscience du risque. Cette conscience
est rendue possible par le vécu ou par la culture du groupe dans
lequel on vit. L’enfant acquiert cette conscience par la connaissance
du territoire où il vit, la limite étant la ligne d’horizon.
C’est en intériorisant la connaissance du risque là
où il est que l’individu peut avoir un comportement adapté
et devenir responsable, par appropriation de
notions géographiques à l’échelle locale.
Quelles représentations, les enfants ont-ils du risque, de la catastrophe
et des mitigations possibles ?
Les choses n’ont rien d’évident. Le schéma suivant
(Cohérence et progressivité de l’école au lycée
: les risques majeurs. Communication présentée au colloque
« Eduquer à l’environnement vers un développement
durable » Paris 2003) illustre le dépassement que l’élève
doit accomplir, en partant d’une représentation de la «
catastrophe », d’origine naturelle ou technologique, pour
construire les notions de risque majeur et de prévention. Il s’agira
de passer des représentations immédiates dans lesquelles
le danger se traduit par la catastrophe, d’origine naturelle ou
technologique, où l’accent est mis sur l’individu,
ses peurs et/ou ses dénis, à un questionnement qui portera
au contraire sur les sociétés, leur vulnérabilité
et donc sur la question des mitigations possibles
L’éducation à la prévention des risques majeurs
peut être entreprise à partir d’un événement
pris dans l’actualité, pour le dépasser, de manière
à s’appuyer sur l’émotion pour former la réflexion.
C’est là que l’enseignant peut avoir recours au débat
(préconisé par les programmes officiels mais aussi par la
Stratégie nationale du
développement durable adoptée en France depuis 2003). L’approche
didactique par les « études de cas » est sans doute
la meilleure pratique pédagogique pour aborder ces notions. L’approche
sensible par les Arts est aussi prétexte au développement
de cette éducation.
Le partenariat avec des experts, des professionnels extérieurs
à l’école, différents acteurs, permet la construction
d’une démarche cohérente. Un véritable projet
d’éducation s’appuyant sur des actions de terrain peut
alors se mettre en place en vue de prévenir les catastrophes, réduire
la vulnérabilité des populations face aux risques.
On promeut alors une éducation écologique s’exerçant
tout au long de la vie avec une valorisation des expériences locales.
L’apprentissage par l’action (travail de groupe sur le terrain,
enquêtes, expositions et débats…) permet de développer
le « vouloir agir en faveur de» et favorise l’éducation
au développement durable, la recherche de solutions alternatives
dans une perspective de développement économique, social,
culturel et patrimonial, c’est à dire de développement
« soutenable » pour les générations futures.
La participation des jeunes à la vie de la cité peut les
inciter à infléchir les choix d’aménagement
au niveau local dans le cadre d’un développement réfléchi
des ressources et du milieu pour réduire la vulnérabilité
(exemple : les conseils municipaux des jeunes).
Rêver le paysage pour le dessiner et le réaliser ensuite
: tel pourrait être le projet de nos jeunes !
La démarche pourrait se résumer ainsi dans la perspective
d’une éducation active et comportementale :
1. identifier le risque en s’informant sur les risques à
l’échelle locale ou
régionale (par des documents d’information),
2. observer le territoire proche (éducation au territoire),
3. s’interroger sur l’aléa et les aménagements
existants,
4. prévoir l’organisation de la sûreté dans
l’école et hors de l’école, à la
maison,
5. penser aux mesures de sauvegarde en cas de danger imminent, de
conduites à tenir,
6. prévoir des simulations qui mettent en situation,
Article éduc prév et DD mai 2004.doc 5
7. valider les compétences en terme de comportements attendus
(certification).
Les points 5 et 6 rejoignent les objectifs du « plan particulier
de mise en sûreté » qui a fait l’objet d’un
Bulletin Officiel Hors Série N°3 de l’Education Nationale
en date du 30 mai 2002, où figure, dans l’annexe 12, la prise
en compte de la dimension éducative de ce plan d’organisation
en attendant que les instances officielles et les
secours puissent agir. Le point 7 est à développer. Il nécessite
un apprentissage progressif.
Perspectives
Le ministère de l’écologie est du développement
durable a mis en place un groupe de travail « progressivité
des savoirs et validation des comportements attendus » qui s’est
fixé comme objectifs de :
1. pointer, dans les programmes existants, les lieux de cette éducation
et lister les connaissances que l’élève acquiert à
chaque niveau de classe dans toutes les disciplines, et dans tous les
dispositifs pluridisciplinaires,
2. réfléchir aux validations possibles (certification sous
la forme d’une attestation) à travers le cursus de l’élève
du CP à la terminale, entre six et dix-huit ans, en valorisant
les compétences en terme de comportements attendus : comportements
d’anticipation avant que l’aléa ne survienne, comportements
en cas de danger imminent.
3. établir des propositions destinées à l’éducation
nationale, à l’enseignement agricole et aux secteurs associatif
et professionnel.
En France, les enseignements que l’on peut tirer des dix années
de sensibilisation en milieu scolaire à la gestion des risques
majeurs, rejoignent les objectifs exprimés pour l’éducation
à l’environnement et reprise dans la stratégie nationale
du développement durable : la nécessité d’une
généralisation de cette éducation.
La réussite d’un tel projet éducatif nécessite
son appropriation par les enseignants, les associations, les entreprises
culturelles (musées, les maisons de la nature….) et les collectivités
territoriales qui œuvrent déjà, pour la plupart, en
ce domaine. Il conviendrait, au plan national, de donner plus de considération
à l’existant, et préciser à chacun son rôle
et ses limites dans le cadre d’une éducation de terrain.
Les
associations et les collectivités doivent trouver aussi un sens
à leur action et une grande lisibilité vis à vis
de leurs adhérents ou de la population.
L’éducation préventive doit se structurer, s’organiser,
se donner des éléments de référence de manière
à appréhender le territoire où l’on vit, le
découvrir, apprendre à le respecter et en connaître
les limites face aux risques majeurs. De ce point de vue, l’implication
des collectivités territoriales et des associations est un facteur
essentiel
de la réussite de cette éducation. Au même titre que
l’information préventive des populations, une répartition
concertée entre l’Etat et les régions pourrait alors
permettre la prise en charge des actions contribuant à cette éducation
à la prévention des risques majeurs. C’est la raison
pour laquelle, en partenariat avec l’Agence
régionale pour l’environnement de la région Provence
-Alpes-Côte d’Azur, un colloque avait été organisé
en octobre 2002 sur l’ « Education préventive aux risques
majeurs naturels : de l’expérimentation à la systématisation
».
Depuis, le ministère de l’éducation nationale a organisé
un colloque « Eduquer à l’environnement vers un développement
durable », à Paris en décembre 2003, où la
part de l’éducation aux risques a été mise
en évidence à travers deux ateliers dont un sur «
Cohérence et progressivité des savoirs en matières
de risques majeurs » qui
faisait l’état des lieux de l’existant en géographie
et en sciences de la vie et de la terre, croisées avec l’éducation
civique.
L’éducation préventive implique aussi une formation
des éducateurs, une sensibilisation voire une formation continue
des adultes, ainsi que des formations professionnelles initiales ou spécialisées
en correspondance avec la mise en œuvre d’un développement
durable.
Conclusion
Aux termes de ces quelques réflexions, voici quelques pistes d’investigations
qui devraient nous permettre de développer ce projet d’éducation
:
Quels regards portons-nous sur ce sujet ? Quelles sont les perspectives
de recherche didactique en ce domaine ? Quel avenir aura cette thématique
dans un monde où l’incertitude et le doute scientifique invitent
à peser les réponses notamment en matière de changement
climatique ? Comment les décideurs des territoires
s’empareront-ils de cette proposition d’éducation ?
Quelles sont les expériences menées dans d’autres
territoires ?
Comment les différents Etats peuvent-ils conjuguer leurs efforts
en ce domaine et contribuer à réduire la vulnérabilité
de leur population face aux catastrophes naturelles ou technologiques
en partageant leurs expériences dans le cadre d’une gouvernance
globale ?
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