|
Longtemps, le tocsin a été
le seul moyen d'avertir les populations de l'imminence d'un danger, qu'il
s'agisse d'une inondation, d'un incendie ou d'une armée ennemie.
L'alerte donnée par les témoins oculaires se transmettait
de ville en ville, les plus éloignées du danger disposant
de plus de temps pour se préparer à l'affronter.
Aujourd'hui, le principe n'a guère changé, même si
la technologie a évolué. Le signal part d'un point précis
et se répercute sur l'ensemble d'un réseau d'utilisateurs
qui mettent en oeuvre les moyens dont ils disposent pour atténuer
l'impact du cataclysme.
Les systèmes d'alerte actuels reposent sur des instruments de mesure
surtout utilisés en physique et en géophysique et sur les
moyens de communication modernes.
La prédiction des risques est une science jeune et l'observation
systématique des phénomènes naturels n'est guère
plus ancienne, puisque la collecte des données quantitatives remonte
aux années 40 en météorologie, aux années
60 en sismologie, et encore plus récemment en vulcanologie. Quant
à la télédétection par satellite, elle a 20
ans à peine.
En même temps, les progrès accomplis en matière de
télécommunications ont permis de donner l'alerte depuis
n'importe quel point du globe et d'être entendu dans le monde entier.
- Risques technologiques et risques
naturels
En dépit d'effets souvent spectaculaires et durables, les catastrophes
technologiques - causées par l'homme - sont généralement
limitées dans le temps et dans l'espace.
Ainsi les centrales énergétiques sont équipées
de systèmes d'alerte intégrés conçus en fonction
de tous les accidents recensés par les constructeurs.
Beaucoup plus dangereuses sont les catastrophes naturelles, car les forces
qu'elles impliquent sont parmi les plus grandes de notre planète
et leurs causes profondes, indépendantes de l'activité humaine,
nous sont moins bien connues.
La notion d'alerte sous-entend une capacité de devancer l'événement
dans le temps, l'espace, ou les deux à la fois.
On peut ainsi parfois prévoir l'évolution d'un phénomène
à court, à moyen et à long terme et ses conséquences.
Il arrive aussi que l'alerte soit donnée parce que l'on sait reconnaître
les signes avant-coureurs d'un phénomène de grande envergure.
Les prévisions météorologiques sur douze, vingt-quatre
et quarante-huit heures, ou l'anticipation de la trajectoire d'un ouragan,
illustrent bien l'efficacité des systèmes d'alerte anticipée.
Par contre, il est très difficile de prévoir avec précision
un tremblement de terre, et les rares tentatives qui ont été
faites en ce sens ont d'ailleurs souvent échoué.
Le tableau ci-dessous fait état des possibilités prévisionnelles
actuelles concernant certains types de cataclysmes naturels.
Peut-on prévoir certains types de catastrophes naturelles
?
|
Dans l'espace
|
Dans le temps
|
|
| |
|
A long terme
(un an ou plus)
|
A moyen terme
(plusieurs mois à plusieurs semaines)
|
A court terme
(quelques jours à quelques heures)
|
Comme le montre ce tableau,
de nombreuses prévisions faites dans le temps sont si incertaines
qu'à la question posée on doit répondre par un "non"
catégorique. II arrive cependant que l'on fasse localement des
prévisions et que celles-ci se révèlent exactes,
mais on ne saurait pour autant les "généraliser"
ni les appliquer avec succès à d'autres réglons ou
à d'autres scénarios.
En règle générale, la capacité à prévenir
un événement exige:
- que l'on ait une bonne idée des causes spécifiques
du risque en question
- que l'on dispose d'un ou de plusieurs modèles permettant
de décrire le déroulement du phénomène dans
l'espace et dans le temps
- que l'on dispose d'appareils de surveillance adéquats
et opérationnels
- que l'on puisse transmettre l'information avant le déclenchement
du cataclysme.
Il arrive que deux types de danger soient liés.
Des conditions météorologiques extrêmes peuvent entraîner
des crues soudaines, brusques inondations ou des glissements de terrains.
Un incendie dans une usine peut être la cause d'explosions violentes
ou d'une po1lution grave de l'atmosphère, du sol ou des rivières.
Ce type de risques secondaires ne peut être prévenu que si
les risques d'accidents primaires sont parfaitement maîtrisés.
- Les prévisions météorologiques
De quels moyens d'alerte anticipée disposons nous actuellement?
Elles sont en général fiables, car les spécialistes
savent modéliser avec précision le comportement des masses
d'air et disposent de données très complètes, relevées
à diverses échelles, sur toute la surface du globe.
Les satellites météorologiques diffusent un flot continu
d'images sur la répartition des masses nuageuses au-dessus des
continents et des océans, et un réseau serré de stations
terrestres et marines recueille en permanence des informations sur la
température, l'humidité de l'air, l'orientation et la vitesse
du vent au sol et dans les basses couches de l'atmosphère (troposphère).
Ces observations terrestres et spatiales relayées par un système
de télécommunications efficace permettent de compiler les
différentes prévisions nationales en un système global
capable de prédire les manifestations les plus extrêmes en
temps utile pour que des mesures préventives soient prises.
Les prévisions météo permettent notamment d'être
informé à l'avance des fortes précipitations qui,
du fait de leur intensité et de la configuration des bassins fluviaux,
risquent de provoquer des inondations.
Les radars météorologiques au sol jouent ici un rôle
important dans la prévision à court terme. Ils permettent
d'apprécier le point d'impact et l'importance des précipitations
dont les répercussions sur le débit des cours d'eau sont
contrôlées par des capteurs, ce qui permet de déclencher
l'alerte à temps pour éviter ou limiter le débordement
des fleuves. Encore faut-il disposer d'un bon relevé topographique
des cours d'eau et des bassins pour prédire le comportement des
eaux en fonction de la durée et du volume des précipitations
et de la nature des sols.
Ces dispositifs sont parfois pris au dépourvu, mais de nombreux
exemples récents montrent que c'est surtout le manque d'organisation
qui est responsable du bilan catastrophique de certaines inondations.
- Les éruptions volcaniques
Elles sont relativement aisées à prévoir, car elles
s'accompagnent de nombreux phénomènes physiques et réactions
chimiques qu'il est possible de surveiller indépendamment les uns
des autres.
Les éruptions sont toujours précédées d'une
intense activité sismique et d'une dilatation de la croûte
terrestre.
Quant au réveil des volcans endormis, quelques capteurs sismiques
suffisent pour le détecter à temps et pour donner l'alerte.
A mesure que le magma progresse vers la surface, le sol se boursoufle,
des cheminées s'ouvrent pour libérer des gaz dont la composition
se modifie en même temps qu'on enregistre des perturbations locales
du champ gravitationnel et du champ magnétique de la terre.
L'apparition, la fréquence et l'intensité de ces phénomènes
permettent de donner l'alerte à moyen terme à partir des
données fournies par une batterie complexe d'instruments de détection.
Ceux-ci analysent les émissions de gaz, les variations dans la
composition du sol à la surface et en profondeur et enregistrent
les modifications infimes du champ de gravité, du champ magnétique,
etc.
Les choses se compliquent à mesure que le magma se rapproche de
la surface, concentrant ses effets sur une superficie de plus en plus
réduite. II est alors nécessaire de déployer un nombre
croissant d'instruments de mesure pour bien circonscrire la zone la plus
à risque.
Comme la couche superficielle (2 à 3 kilomètres d'épaisseur)
de l'écorce terrestre est beaucoup plus tendre que la couche intermédiaire,
elle offre une moindre résistance à la pression de la masse
en fusion.
A mesure que la pression augmente, les manifestations chimiques et physiques
se multiplient.
Plus l'éruption est imminente, et plus sa prévision devient
délicate.
C'est pourquoi les prévisions à court terme dans ce domaine
sont rares et d'autant moins fiables que l'on ne dispose actuellement
d'un arsenal complet de capteurs et d'instruments de mesure que pour 1
% environ des volcans en activité dans le monde.
En ce qui concerne les volcans explosifs, qui constituent pour les populations
environnantes, mais aussi pour les avions volant à proximité,
une grave menace du fait de l'épais nuage de cendres qu'ils projettent
dans les airs, le plus simple serait évidemment de circonscrire
autour une zone d'accès interdit.
Mais cela est plus facile à dire qu'à faire pour des raisons
socio-économiques facilement compréhensibles, surtout dans
des régions fortement peuplées.
- Les tremblements de terre
Contrairement aux autres cataclysmes, ceux-ci sont très difficiles
à prévoir à court terme, non pas par manque de signes
avant-coureurs, mais plutôt par excès.
Les séismes sont souvent précédés de secousses,
de déformations du sol, de modifications des champs électrique
et magnétique terrestres et du niveau de l'eau dans les puits,
ainsi que d'émissions de radon, de gaz carbonique et d'autres gaz
le long des lignes de fracture. Malheureusement, ces phénomènes
se produisent aussi indépendamment de toute activité sismique
et, dans le cas de secousses vraiment violentes, n'ont jamais été
enregistrés ensemble de façon cohérente et précise,
à l'échelle voulue, par un seul réseau de surveillance.
Même si nous en savons beaucoup aujourd'hui sur l'origine des séismes,
nous sommes beaucoup moins bien informés sur la chaîne des
événements qui les précède et la signification
d'une centaine de phénomènes ponctuels qui pourraient en
être les signes avant-coureurs.
On comprend dès lors que les autorités et les chercheurs
hésitent à engager leur crédibilité dans des
prédictions forcément hasardeuses. En fait, la meilleure
solution à l'heure actuelle consiste à enregistrer la localisation,
la fréquence et la nature des accidents antérieurs et à
prendre des mesures en conséquence.
On peut ainsi installer dans les régions à haut risque des
réseaux de sismographes. Reliés à des systèmes
capables de traiter les données fournies en temps réel -
ou presque-, ils permettent de calculer en quelques minutes l'heure, l'amplitude
et l'épicentre de chaque secousse et d'organiser et d'orienter
les opérations de secours en conséquence.
En conclusion, si l'on sait aujourd'hui prévenir certains types
de catastrophes naturelles, on sait aussi pourquoi on est incapable d'en
prévenir d'autres.
Mais on est en droit de penser que, le progrès technique aidant,
nous seront bientôt en mesure de les déceler toutes à
temps pour les affronter.
En attendant, si vous entendez sonner les cloches, prêtez l'oreille.
Ce n'est sans doute qu'un mariage, mais sait-on jamais?
|