Catastrophes naturelles
Les tremblements de terre

Femmes de terrain


Par Debarati GUHA-SAPIR
Directeur du "Centre for Research on the Epidemiology of Disasters"
Reproduit d'après " Les courriers de l'UNESCO " Octobre 1997

Les femmes, dans les pays en développement, devraient être au centre des dispositifs de lutte contre les catastrophes.
0n ne le sait pas, on ne le dit pas assez: les catastrophes naturelles touchent généralement les femmes et les enfants plus que les hommes - en particulier dans les pays du Sud.

Les programmes d'alerte et de prévention ignorent le plus souvent la vulnérabilité de ces groupes et les plans de secours sont rarement conçus en pensant à eux.
Tenues en marge des décisions prises par la communauté, cantonnées dans un rôle domestique, les femmes peuvent rarement réquisitionner des denrées de secours ou dire leur mot dans la réadaptation qui suit la catastrophe.

La plupart des 100 000 personnes qui ont péri dans le cyclone qui a frappé le Bangladesh en 1991 étaient des femmes.
Beaucoup sont mortes en essayant de protéger leurs enfants; d'autres parce qu'elles étaient restées dans leur foyer, loin des abris anti?cyclone, se sentant obligées de protéger leur bien.
Le système d'alerte a fonctionné, mais, faute de tenir compte de cette disparité entre les sexes, il ne s'est révélé que partiellement efficace.
De plus, en l'absence de femmes médecins, nombre de femmes et de jeunes filles qui avaient besoin de soins n'ont pas osé aller les recevoir au centre médical de secours.
En période de sécheresse grave, la charge de travail qui pèse sur les femmes s'alourdit d'autant plus que les hommes émigrent souvent pour aller chercher du travail.
Elles sont alors durement atteintes dans leur santé.
Le niveau des nappes phréatiques ne cessant de baisser, elles doivent aller chercher l'eau de plus en plus loin.
Cet effort physique achève d'épuiser un organisme sous?alimenté par la raréfaction du lait et de la viande.
Or les femmes des communautés traditionnelles peuvent assumer un rôle clé dans la prévention des catastrophes et l'organisation des secours en prenant en main la distribution de nourriture, d'eau, de couvertures et de bidons, ou en choisissant l'emplacement des lieux d'aisance.
Ce sont elles qui savent ce qui convient au bien-être de leurs enfants et peuvent veiller, en période de troubles, à ce qu'ils soient évacués, nourris, protégés.
Les campagnes d'éducation et d'information publiques devraient prendre en compte leur capacité à exercer ces responsabilités sociales et culturelles.
Quand on explique à une population où elle peut se procurer de la nourriture en cas de crise et comment il faut s'y prendre, il convient de le faire en pensant d'abord aux femmes, qui risquent, par analphabétisme ou pour d'autres raisons, de ne pas avoir accès à ces informations.

Renforcer la position des femmes en tant qu'agricultrices à part entière, élaborer les plans de distribution d'eau en sachant que cette tâche relève de la responsabilité des femmes, tout programme de prévention de la sécheresse qui se veut efficace devrait y veiller.
Des contraintes culturelles et sociales aggravent aussi les problèmes auxquels se heurtent les femmes déplacées dans leurs rapports avec les services de santé.
Les femmes des sociétés rurales traditionnelles, c'est bien connu, répugnent (réticence souvent accrue par des tabous) à consulter ou à être traitées par des médecins hommes.
Or les mesures classiques d'assistance médicale ignorent souvent cette réalité. Remplacer les médecins hommes par des aides soignantes et des infirmière marquerait un premier pas dans la bonne direction.
La carte des risques d'une région fréquemment touchée par les catastrophes devrait identifier la population vulnérable selon le sexe et préciser le type de risques auxquels les femmes sont plus particulièrement exposées.
Il faudrait aussi inciter à développer des réseaux de femmes et de groupes villageois qui examinent les mesures de prévention à adopter, tirent les leçons des expériences précédentes et passent au crible les solutions possibles.
Les interventions de terrain gagneraient en efficacité si les données sur la mortalité et la morbidité étaient établies selon le sexe.
Dans les camps de personnes déplacées à la suite d'une catastrophe naturelle, il serait très utile de répertorier en fonction du sexe les demandeurs de services alimentaires ou médicaux.
Connaître les façons respectives dont les hommes et les femmes utilisent ces services est essentiel pour planifier et cibler les groupes de population dont on ne connaît pas les habitudes.

Les fonds de secours ont augmenté, ces dernières années, dans des proportions spectaculaires.
Les donateurs, sous la pression des organismes d'aide humanitaire et de développement qui exigent sans cesse plus de ressources, s'interrogent sur les façons traditionnelles d'aborder le problème.
On attend de plus en plus des opérations de secours qu'elles offrent une meilleure qualité de service et un meilleur rapport efficacitécoût.

La vulnérabilité et le nombre des victimes des catastrophes naturelles commenceront à baisser sérieusement lorsqu'on aura pleinement intégré les femmes à toute la chaîne de défense, de l'élaboration et l'exécution des plans de prévention aux opérations de secours.


Rédaction Le courrier de l'Unesco
octobre 97
Validation Debarati
Guha-Sapir
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