Introduction de Hubert Saillan
Rédacteur en chef de
Préventique Sécurité |
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Turquie, Italie, Algérie, Japon…
Le séisme, oui sans
doute,
la catastrophe, non !
Alors que la structure de ce numéro était établie,
l’actualité nous a malheureusement rappelé que les
risques dits naturels ne sont pas une fatalité d’ordre divin
mais le fruit des faiblesses et de la misère humaine. À
quelques jours d’intervalle, un séisme de magnitude 7,5
n’a provoqué que des désordres légers et des
blessures au Japon alors qu’un séisme de 6,7 a été catastrophique
en Algérie. En cette fin du mois de mai, ce sont en effet plus
de 2200 personnes qui ont trouvé la mort sous les décombres
des immeubles, un millier d’entre elles qui sont portées
disparues et environ dix milles blessés qui ont été comptabilisés.
Ces deux événements montrent de manière éclatante
que, si on ne sait pas agir sur la survenance du phénomène
naturel, sur sa date précise, sur son amplitude, on sait en amortir
les effets. L’actualité nous a imposé d’apporter
encore une contribution à la réflexion sur les tremblements
de terre.
En juin 2002, nous avons été associés par les pouvoirs
publics de la Martinique à la mise en place d’un important
séminaire qui a permis de faire savoir aux populations, aux élus
locaux, aux fonctionnaires, aux industriels que ce n’est pas la
main de Dieu qui est à craindre mais la main de l’homme
1. Mais cette manifestation, qui avait réuni sur plusieurs jours
environ cinq cents personnes, n’a semble-t-il pas suffi à dégager
les orientations et les énergies nécessaires à une
prise en compte du risque, puisque l’une de ses chevilles ouvrières,
l’architecte Franck Hubert, nous adressait au cours de l’hiver
dernier un appel sous forme de cri d’alarme qu’il nous priait
de publier 2. Tous les experts affirment que les solutions se trouvent
pourtant dans l’acte de construire, en agissant sur les structures
des immeubles d’une part, sur les choix urbanistiques d’autre
part. Il reste qu’il faut compter avec l’habitat ancien.
Certes, mais l’on continue à construire à l’ancienne,
de sorte qu’aujourd’hui, les pouvoirs publics doivent avoir
conscience qu’ils gèrent en Martinique des situations pré-catastrophiques
certaines, nous dit Franck Hubert. Les causes se situent, tout à la
fois, dans une tradition de construction familiale, dégagée
de toute contrainte administrative, dans l’inculture des responsables
de l’acte de construire, dans la majoration des prix que suppose
la mise en œuvre des solutions parasismiques. Cependant, tous les
experts affirment que celle-ci pourrait être de l’ordre de
2 à 3 % seulement si une politique publique, relayée par
les assureurs et les banquiers, généralisait la construction
parasismique dans les zones jugées à risque.
Au Japon, où la culture du risque sismique est fort développée,
les principes parasismiques dominent l’acte de construire. En Algérie,
cette culture fait cruellement défaut, malgré les nombreux
tremblements de terre qui l’ont endeuillé, comme à El
Asnam et à Orléansville. La réponse à la
menace passe par une politique publique ferme et déterminée.
Nous avons tous en mémoire l’image du pont de San Francisco,
dont la partie centrale avait disparu. En effet, si ses constructeurs
avaient entrepris sa construction en parasismique, ils ne l’avaient
pas poursuivie. En France, la question ne saurait cependant être
réduite aux seules Antilles, car le risque est identifié dans
de nombreuses régions métropolitaines. Nous reviendrons
prochainement sur le sujet.
Nous avons fait appel à Pierre-Marie Sarant, un expert qui dispose
d’une expérience forte de 18 années d’opérations
humanitaires dans 47 pays. Il a été consultant pour la
Croix Rouge française, chargé de mission par le secrétariat
d’État français à l’action humanitaire
d’urgence, consultant pour ECHO (Office humanitaire de l’Union
européenne), consultant pour DHA (UN-Department of Humanitarian
Affairs), membre du comité français pour la décennie
internationale de la prévention des catastrophes naturelles, responsable
des urgences à Médecins Sans Frontières. En 1999,
le ministère de l’aménagement du territoire et de
l’environnement lui a confié une mission d’évaluation
du niveau d’information des populations de la Martinique et de
Sainte-Lucie sur le risque sismique. Il exerce la profession de consultant
en Guadeloupe depuis 3 ans. Homme de terrain et d’action, il a également
le souci de traduire ses observations dans des publications, dans des
guides, des manuels de formation et dans des enseignements sur la médecine
d’urgence. Il n’est ni médecin ni ingénieur,
il a un parcours d’autodidacte qui l’a conduit à un
DEA du CNAM. Pierre-Marie Sarant porte dans l’article qui suit
un regard panoramique sur le risque sismique. Face au peu de sensibilité de
la société française sur le sujet, son propos pourrait être
acide, mais il ne l’est pas. Il transpire au contraire de mesure
et de pragmatisme.
Hubert Seillan
1 Préventique Sécurité n° 64
2 Préventique Sécurité n° 68, le courrier des
lecteurs p. 68

Face à la menace d’un séisme, la situation en France
est préoccupante
L'actualité nous rappelle régulièrement, avec l'effondrement
de l'école de San Giuliano di Puglia en Italie en novembre dernier,
puis d’un pensionnat de Bingöl en Turquie le 1er mai et maintenant
avec l’Algérie, que le séisme frappe sans prévenir,
que les dégâts sont invariablement considérables
pour les populations mal préparées et que ce sont les gens
localement qui apportent les premiers secours. De plus, le nombre de
morts et de blessés dépend à la fois, non seulement,
de l’énergie libérée, du type de sol et de
la qualité des constructions mais aussi, et pour beaucoup, de
l’heure de la secousse principale et de l’expérience
des simulations.
À
l’inverse de la France, l’Italie, la Turquie et l’Algérie
sont des pays souvent touchés par des séismes destructeurs
et, malgré cela, ces critères ne semblent pas suffisamment
pris en compte. S’ils sont maintenant universellement reconnus,
alors pourquoi ces sociétés ne prennent-elles pas toutes
les mesures pour offrir les meilleures garanties de sécurité à leur
population ? La France, moins confrontée que ces pays à des
séismes majeurs, n’en est pas pour autant à l’abri,
notamment aux Antilles.
Quand serons-nous prêts à affronter un séisme majeur
?
Et quels sont les moyens mis en œuvre pour atteindre le but ? Devant
l’ampleur de la tâche, l’Etat émet des priorités
: élaboration de normes de construction, réalisation des
PPR sismiques*, réorganisation des plans de secours et réalisation
de diagnostics sismiques pour le renfort des bâtiments de classe
D nécessaires à la gestion de crise, formation et information
des professionnels de la construction, information du public, exercices
de simulation dans les écoles… Mais quel est l’impact
de ces actions sur la société ?
Chacun sait aujourd’hui que ce
n’est pas le séisme
qui tue mais les bâtiments.
À
travers l’histoire dramatique des séismes majeurs, les retours
d’expérience des spécialistes de la construction
ont permis de faire progresser l’efficacité des normes de
construction parasismique. Les textes législatifs sont adoptés
mais ces efforts indispensables, primordiaux et salvateurs sont loin
d’opérer tous leurs effets. Le problème qui subsiste
dans tous les pays reste la volonté de contraindre les acteurs
de la construction d’appliquer ces règles et de les faire
respecter.
Dire que la réglementation de la construction n’est pas
toujours respectée et que la responsabilité des constructeurs
est engagée n’efface en rien les conséquences du
désastre.
La mise en application des lois, décrets, circulaires et autres
réglementations nécessite des efforts soutenus. Cela prend
du temps pendant que l’échéance approche.
Est-on sur un objectif à 30 ou 40 ans pour que la très
grande majorité des constructions soient parasismiques dans les
régions françaises à risque ?
La formation des architectes au parasismique est un indéniable
progrès. Elle n’est encore que l’une des nécessaires
formations d’hommes de l’art de construire. D’autres
maillons de la chaîne de la construction sont suffisamment faibles
pour que le bâtiment neuf réponde a minima aux normes. Des
formations destinées séparément à l’ensemble
des acteurs de la construction parasismique permettraient-elles le développement
d’un patrimoine commun face au risque sismique ? Les savoirs-faire
deviendraient alors des facteurs d’excellence pour le secteur du
BTP et des gages de sérieux pour l’exportation. Alors qu’aujourd’hui
les clients méconnaissent les critères sur lesquels ils
peuvent interpeller les constructeurs au fur et à mesure de l’édification
et peinent à s’approprier la compréhension des normes.
La disparition des frêles pilotis si fréquents aux Antilles
sera l’un des indicateurs fort de l’évolution des
mentalités.
Dans le neuf tout n’est pas encore
bien calé, mais dans
l’ancien le problème est tout autre.
Comment faire avec un parc immobilier existant lorsque les moyens financiers
ne permettent que de procéder par petites touches ? Pour compliquer
la prise de décision, conforter s’avère complexe
et dans certains cas revient plus cher que reconstruire.
Le recours au diagnostic sismique permet de savoir à quoi s’en
tenir et ne coûte pas trop cher pour le maître d’œuvre.
Bien sûr il ne s’agit pas là du particulier pour son
bien immobilier, souvent l’investissement d’une vie, l’héritage
qu’il transmet à sa descendance…
Dans les DOM, la première décentralisation de 1982 a permis
le transfert en 1986 du parc immobilier scolaire de l’Etat vers
les collectivités. L’état général des
bâtiments loin d’être satisfaisant à l’époque
(avec les anciennes normes parasismiques) ne s’est pas amélioré et
les moyens financiers pour y remédier n’ont pas suivi non
plus. Une partie du parc actuel est plus conforme aux normes, mais l’expansion
démographique a obligé les mêmes collectivités à différer
les nécessaires confortements ou reconstructions d’un parc
ancien insécuritaire.
Dans l’habitat social, si les logements construits depuis une dizaine
d’année sont strictement aux normes, un déficit en
logements subsiste alors que le reste du parc date de plus de trente
ans.
Faute de lobby organisé pour les défendre, les usagers
de l’ancien et du mal construit restent sur la liste des potentielles
victimes de leur séisme.
L’aléa sismique et les enjeux
sont connus, le risque devient chaque jour plus pressant
Pour contrer le scénario d’une catastrophe annoncée
les autorités ont-elles d’autres choix que de décider
la rénovation d’un grand nombre de bâtiments ? De
prendre toutes les dispositions pour assurer le maximum de sécurité dans
l’existant en attendant que la rénovation soit achevée
?
La mise en place de moyens financiers n’est, pour le moment, pas à hauteur
de l’enjeu, comme si le séisme devait attendre. Première étape
de la rénovation, les diagnostics de bâtiments de classe
D réalisés sur fonds publics ne sont pas divulgués
et aucun n’a encore été suivi de renforcement.
Que faire pour permettre aux populations de s’approprier le risque
?
Le diagnostic sismique informe des faiblesses du bâtiment, mais
il ne permet pas l’appropriation du risque par les usagers alors
que ce sont eux qui devront affronter la période de crise.
Le BO du 30 mai 2002 du ministère de l’éducation
nationale va incontestablement dans le bon sens en imposant l’élaboration
de Plans Particuliers de Mise en Sûreté. Ces plans reposent
sur la connaissance du risque majeur et du risque bâtiment. Le
diagnostic sismique apporte des informations qui doivent être décodées
par les usagers des établissements scolaires et analysées
par les regards croisés des spécialistes de la recherche
sous les décombres. En effet, lorsqu’on dispose de quelques
secondes pour se mettre à l’abri et qu’on est en plein état
de surprise, il est indispensable d’avoir des repères mémoriels
et visuels pour faciliter la prise de décision de se mouvoir vers
un endroit proche plus sûr. L’identification de zones de
moindres risques, qui est de la totale responsabilité des maîtres
d‘ouvrages, doit impérativement être précédée
d’un diagnostic sismique et couplée avec lui ; sinon, il
est illusoire de faire des simulations de situations de séisme
qui se rapprochent de la réalité. Il est dangereux de réaliser
des PPMS pour lesquels les bonnes questions ne sont pas posées.
Que dire d’une population confrontée à des consignes
imprécises ?
Il est nécessaire de se rappeler que la mémoire des catastrophes
est faible et l’expérience lointaine parmi la population
en France.
Les acteurs institutionnels ne disposent pas en général
du vécu de crises sismiques et sans formation adaptée ils
doivent prendre des décisions qui ne leur sont pas toujours faciles
de s’approprier. Leus difficultés à se coordonner
apparaissent à l’énoncé des consignes ; trop
précises elles se heurtent au bon sens, trop vagues elles ouvrent
la voie à des interprétations différentes qui jètent
le trouble. Tous doivent dépasser le manque d’expériences
du séisme, des conséquences sur les infrastructures et
sur la population, pour bâtir ensemble et avec les sachant une
culture en devenir.
Pour la connaissance des gestes de premiers secours
Combien d’habitants, citoyens ordinaires ou représentants
d’autorités sont capables d’appliquer les gestes de
premiers secours, premier niveau de la conscience du risque au quotidien.
Il semble que l’on soit loin des 10 % de la population considérés
par la Croix Rouge comme le minimum dans une société. Pourtant
il faut se rappeler que les premiers secours après séisme
viennent toujours des voisins, de la proximité immédiate.
Les personnes enfouies par les tremblements de terre et sorties des décombres,
sous l’œil des médias ou dans l’anonymat, vont
souvent mourir dans les heures qui suivent faute d’avoir été extraites
correctement lors du sauvetage et d’avoir reçues les soins
qui s’imposent aussitôt.
La formation aux gestes de premiers secours apparaît comme l’étape
incontournable pour l’appropriation des risques de la vie quotidienne
et l’ouverture des consciences au risque sismique.
L’information du public
La prise en compte du risque sismique tarde à s’imposer
dans les sociétés exposées parce qu’elles
ne développent pas une culture de l’expérience et
de la mise en commun des savoirs. L’information du public est un
outil indispensable. Elle est obligatoire, c’est un droit inscrit
dans la loi du 22 juillet 1987, mais elle reste mal appliquée
des autorités administratives ou politiques. Le public reste en
demande, en attente de vérité, même s’il ne
procède pas lui même au renforcement de son logement. Il
comprend que les autorités ne peuvent tout faire. Il est conscient
du risque, même s’il ne le connaît pas bien. Il est
conscient de ses limites, de son besoin de se préparer. Il ne
trouve ni les réponses, ni les vecteurs de proximité. Il
se sent condamné à attendre que les documents prévus
par la loi soient élaborés, qu’ils soient rendus
accessibles, que des vecteurs de proximité se chargent de rendre
les textes compréhensibles et qu’ils répondent aux
questions qu’il se pose.
Tous les retards, les actions brouillonnes ne favorisent pas la sérénité nécessaire à la
prise en compte du risque sismique par les sociétés exposées.
L’ampleur du problème sismique ne facilite pas plus la concertation
dans le temps que la nécessaire transparence des informations.
Il faut poursuivre et développer les actions entreprises
Toutes les actions entreprises vont dans le bon sens et doivent être
poursuivies. Elles doivent être renforcées, disséminées
dans toutes les couches de la population, pour qu’un jour nul ne
puisse dire qu’on savait que les constructions étaient mal
faites et que tous ces morts n’auraient jamais dû l’être
si on avait fait ce qu’il fallait depuis tout ce temps.
Pour atteindre l’objectif, l’investissement financier nécessaire
est considérable. Mais est-il incontournable ? Quel est le prix à payer
par la société lors de la catastrophe attendue ? On sait
maintenant que la prévention coûte dix fois moins cher que
les pertes matérielles et humaines et qu’elle peut sauver.
On sait bâtir solide, on sait que cela coûte environ 5 %
de plus que les anciennes normes et environ 25 % de plus pour les bâtiments
qui ne respectent rien. On sait également que le renforcement
des petits bâtiments ne devrait pas coûter plus de 30 % du
prix du patrimoine, ce qui sur 50 ans d’exploitation environ revient
matériellement en fait moins cher qu’une assurance (2 %
de la masse assurée en général), augmentée
d’une sécurité en principe totale pour ses occupants.
Et on ne sait pas qu’en définitive les pertes d’exploitation,
avant redémarrage post crise, sont dix fois supérieures
aux pertes directes lors de la catastrophe ? Cette prise de conscience
grâce à l’information préventive, exigée
en vain par la loi de 1987, pourrait servir de bras de levier dans la
prise en considération du risque et de facteur motivant pour l’ensemble
de la société. De son côté la solidarité humanitaire
n’effacera ni les victimes, ni l’impact à long terme
sur la société. L’élan de générosité internationale
n’empêchera pas la recherche de responsabilités et
les constructeurs pourraient bien ne plus être les seuls à être
appelés devant la justice.
Trop de mesures doivent encore être prises sans attendre car le
séisme n'attend pas. La population est mûre pour les mesures,
mais elle ne l’est pas pour le séisme. Sous quels délais
la société française sera-t-elle parée à affronter
un séisme majeur ?
Pierre-Marie Sarant

La solution des « tortues parasismiques » dans les écoles
non parasismiques
La démarche « Tortues parasismiques » est une parade
passive contre la vulnérabilité des usagers des établissements
recevant du public en attente de confortement ou de mise aux normes PS
92. Elle est mise en œuvre, par une équipe pluridisciplinaire
aux compétences complémentaires (connaissance des sols,
construction parasismique, recherche de personnes sous les décombres,
gestion de crise…) en 7 étapes :
- La connaissance de la nature du sol et de la réalisation
d’un
pré-diagnostic du (ou des) bâtiment(s).
- La détermination des zones de moindre risque pour les usagers,
véritables volumes potentiels de survie.
- L’établissement des circuits d’évacuation
qui permettront de rallier les points de rassemblement après
la fin de la secousse, en tenant compte des chutes ou effondrement
probables
d’éléments de structure.
- La présentation du rapport d’étape qui ouvre
le débat au sein de l’établissement sur la prise
en compte du risque sismique et introduit la présentation de
la signalétique.
- La signalétique qui indique les zones à l’intérieur
des bâtiments et permet de gagner un temps précieux dans
la prise de décision individuelle et collective de se mettre à l’abri
pendant la durée de la secousse.
- L’évaluation qui permet de mesurer le degré de
satisfaction des usagers, de leur représentants et du personnel
d’exploitation ; elle s’appuie sur un exercice de simulation.
- Le rapport final qui mesure le chemin parcouru et propose des
recommandations pour une meilleure prise en compte du risque.
Une situation délicate
qui peut perdurer
Là où il y a eu un séisme violent, il y aura de
nouveau un séisme de même magnitude. Les Antilles françaises
sont situées en zone sismique III où un séisme d’intensité supérieure à IX
est possible tous les 250 ans.
L’application des normes de construction PS 92 est obligatoire
mais pas encore généralisée. Depuis 1998, le nombre
d’E.R.P. 1 construits selon ces normes est peu significatif. Les
budgets nécessaires ne peuvent être mobilisés que
sur le long terme. La sécurité des usagers et du personnel
de ces établissements n’est donc pas assurée.
Ce n’est pas la secousse sismique qui tue mais les bâtiments.
Universités, supermarchés, administrations, banques, centres
de santé, immeubles de bureau, salles de spectacle sont autant
d’établissements recevant le public. Les maires sont civilement
responsables de la sécurité sur leur commune 2. Comme propriétaires
des écoles maternelles et primaires, des centres de loisirs, des
cantines, des bâtiments de la mairie, ils sont donc doublement
concernés. Ils disposent de moyens légaux pour contraindre
les propriétaires d’ERP, qu’ils soient privés
ou publiques. Chaque propriétaire a la responsabilité morale
de la sécurité dans ses bâtiments.
Les enfants sont en danger dans des établissements scolaires anciens.
Plus de 80 000 enfants 3 sont accueillis dans des bâtiments hors
normes PS 92 en Guadeloupe et en Martinique. Dix années au minimum
seront nécessaires pour la mise aux normes des collèges
4 ou leur confortement. Pour les 270 écoles maternelles et primaires
5, ce délai sera sans doute doublé étant donné la
charge financière pour les communes et les faibles ressources
pour nombre d’entre elles.
Les tout-petits n’ont pas conscience du danger ! Il est vital qu’ils
prennent en compte ce risque dès leur plus jeune âge. L’école
maternelle Notre-Dame du Sacré-Cœur à Boissard, aux
Abymes (Guadeloupe), est pionnière dans ce domaine.
L’utilisation de parades adaptées sauve des vies. À la
différence du cyclone, le séisme n’est pas annoncé par
des signes précurseurs. Face à la soudaineté de
l’événement et pour toute sa durée, des parades
doivent être mises en place. Elles doivent être adaptées
au bâtiment où l’on se trouve. Dans la mesure du possible,
il est préférable de se rendre dès le début
de la secousse dans un lieu très proche présentant de meilleures
garanties.
Les parades doivent être simples et universelles pour être
facilement mises en œuvre. La connaissance des parades permet à chacun
de gagner du temps dans le choix de son abri et de le rejoindre dans
les meilleures conditions malgré la perte d’équilibre,
les bruits inhabituels, les déplacements et chutes d’objets,
ou les obstacles imprévus 6.
La seule réponse pour une véritable
prise en compte du risque
Parce que la réglementation ne concerne pas les bâtiments
anciens a-t-on le droit de laisser des milliers de personnes s’exposer
face à l’inéluctable ? La démarche « Tortues
parasismiques » est la seule alternative. Elle est unique en
son genre, peu onéreuse à mettre en place et elle fait
participer les usagers à leur propre sécurité.
- Déterminer
les zones de moindre risque. Lors d’un séisme,
la secousse, les pertes de repères, le stress généré ne
favorisent pas l’identification immédiate des lieux les
plus sûrs. Elle ne peut qu’être le fruit d’un
travail pluridisciplinaire de spécialistes. Réalisée à froid,
elle s’appuie sur des compétences complémentaires
dans la connaissance des sols, la construction parasismique, la recherche
de personnes sous les décombres, la gestion de crise. Toutes
ces compétences existent aux Antilles.
- La simulation d’évacuation
pour prendre de nouvelles habitudes. La forte secousse sismique imprévisible
est toujours accompagnées
de répliques dans des délais qui peuvent être très
courts. S’il est important de se mettre à l’abri pendant
la secousse, il l’est tout autant d’évacuer au plus
tôt, dans le calme et vers un site approprié pour attendre
les consignes des autorités. Le « plan de moindre risque
de l’établissement » est affiché bien visible à l’entrée
de l’établissement. Il indique les zones de moindre risques
et les circuits d’évacuation. Les conditions sont remplies
pour permettre la réalisation d’exercices de simulation
adaptés au risque sismique. Ces exercices vont remémorer
les parades et permettre d’entretenir la réactivité de
chacun pour les appliquer. Les petites secousses sismiques sont des
occasions inattendues de les mettre en pratique.
- L’appropriation des connaissances
de survie. La restitution du travail des spécialistes vers les
usagers et le propriétaire
de l’établissement revêt plusieurs aspects :
- visuel avec la mise en place d’une signalétique horizontale
et verticale
- respect de la réglementation incendie ; les circuits d’évacuation
proposés s’efforce de correspondre au plan incendie en proposant
les recommandations qui s’imposent
- vulgarisation des connaissances à l’occasion des rencontres
d’étape.
La signalétique « tortue » est bien comprise même
par des tout-petits. La notion de parades adaptées prend tout
son sens.
Cette initiative s’inscrit dans le cadre de la résolution
adoptée le 24 novembre 1999, par l’assemblée générale
des Nations unies déclarant une « Stratégie Internationale
pour la Prévention des Catastrophes » (SIPC) 7.
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1 Etablissements recevant du public, définis par l’article
R. 123-2 du Code de la construction et de l’habitation.
2 Le Code général des collectivités territoriales
stipule (art. L 2212.2) que « le maire est chargé d’assurer
le bon ordre, la sûreté, la sécurité et la
salubrité publique... ».
3 Estimation du nombre d’élèves accueillis dans 80%
des établissements scolaires, sur la base de 114 000 élèves
du premier et second degré, public et privé confondus,
dont 53 000 en maternelle et primaire.
4 Chacun des départements compte une quarantaine de collèges
publics et 6 privés.
5 Dont 15 écoles privées.
6 Une personne sur deux ne gagne pas un abri sûr pendant les 10-12
secondes
du pic de la secousse (Loma Prieta, Californie, USA, 1989).
7 International Strategy for Disaster Reduction (ISDR), http://www.unisdr.org/ |