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Le 8 février 1843, vers 10h30
du matin, en moins de deux minutes, 1100 de nos compatriotes passaient
de la vie à la mort, sans avoir compris ce qui leur arrivait. Des
morts, des disparus aussi, et de nombreux blessés, marqués
dans leur chair pour le restant de leur vie. Ils méritent notre
souvenir. Ils nous crient : prenez en compte ce qui nous est arrivé,
un destin équivalent peut également être le vôtre.
L’Archipel de la Guadeloupe et sa voisine, l’île d’Antigua,
venaient d’être secouées par le séisme le plus
dramatique des Petites Antilles. Gourbeyre, le gouverneur du moment, avec
beaucoup d’efficacité et de qualités humaines a, tout
à la fois et dans l’urgence, déclenché les
secours, lancé un appel à l’aide locale, régionale,
nationale et internationale, mis en place les conditions d’une étude,
la plus approfondie possible, sur l’évaluation des conséquences
de ce mouvement tellurique.
Aujourd’hui, la compréhension du phénomène
a permis de proposer quelques caractéristiques de la source sismique
: un foyer dans le Nord-Est de la Grande Terre, à une distance
vraisemblable d’un peu plus de 70 Km de la ville de Pointe à
Pitre ; une profondeur de foyer qui pourrait se situer vers 40-50 Km ;
une magnitude qui ne dépasserait pas la valeur de 8,0.
Sensibilisés par les événements sismiques du 26
décembre 2004 dans l’Océan Indien, nous pouvons nous
poser la question : le séisme du 8 février 1843 a-t-il,
lui aussi, déclenché un tsunami ?
Sur la foi des documents d’époque aujourd’hui connus,
nous avons des raisons de penser que non. Deville est probablement celui
qui a rassemblé, sur cet événement de 1843, la collection
la plus importante de témoignages et d’observations. Il connaissait
le phénomène marin de raz de marée qui avait été
signalé lors du séisme de Lisbonne en 1755 et il n’ignorait
pas les conséquences de la secousse de la Jamaïque du 07 juin
1692. Vers 11h40, « Il y eut un grondement terrible et la terre
se mit à trembler, les habitations furent secouées dans
tous les sens, le troisième et dernier choc fut le plus violent.
La portion ‘côtière’ de la ville flua dans la
mer et fut recouverte par l’eau. Celle-ci se retira, puis revint
avec une force inouïe. Elle inonda la contrée et noya des
centaines de personnes. »
Dans son rapport sur l’événement de 1843, au paragraphe
: Action de la mer, Deville écrit : « le mouvement de la
mer sur les côtes a été, en somme, assez faible, même
à la Pointe à Pitre. L’eau a envahi à peine
de quelques pas les quais de la ville, qui étaient cependant peu
élevés au-dessus de son niveau ».
Les Communes de la Guadeloupe, dans leur quasi-totalité, ont
leur bâti au niveau de la mer. Plus récemment, elles ont
aménagé des structures portuaires ou touristiques sur leur
rivage. On peut s’interroger sur le degré de risques pris
par les usagers de ces aménagements. Le phénomène
de houle forte et de déferlement sur nos côtes, généré
par la marée de tempête qui accompagne nos ouragans, n’est
plus une surprise pour nos populations. Aujourd’hui, l’aléa
tsunami est peut-être à prendre en considération après
la mise en place de ces nouvelles vulnérabilités.
Rappelons quelques uns des tsunamis les
plus caractéristiques qui nous ont déjà touchés,
précisons la nature de leur source et la conséquence de
leur déferlement sur nos zones côtières.
Notre catégorie privilégiée est le tsunami tectonique
qui est généré, lors d’un épicentre
sismique en mer, par une fracturation au foyer qui atteint le fond océanique
et crée une modification en marche d’escalier. La marche
d’escalier est une déformation permanente du fond marin qui
va générer brutalement une déformation ‘en
dôme’ de la surface de la mer. Par gravité l’eau
va vouloir reprendre sa surface horizontale, elle s’étale,
le tsunami est constitué. L’onde ‘circulaire’
va progresser inexorablement dans le bassin océanique jusqu’à
s’échouer sur les îles et les zones côtières
des continents qui le délimitent.
Les conditions physiques favorisant la possible formation de ce genre
d’événement sont schématiquement, pour nous,
de deux types :
- Les tsunamis régionaux
Ils sont caractérisés par des foyers sismiques superficiels,
de profondeur de l’ordre de 10 à 20Km, et de magnitude
supérieure ou égale à 6.0
Ces tsunamis régionaux sont généralement ceux de
notre Plaque Caraïbe
- Les tsunamis mondiaux
Ils sont, eux, caractérisés par des foyers qui peuvent
atteindre des profondeurs de l’ordre de 40 et même de 50Km
Leur magnitude est alors plus grande. Elle peut atteindre ou dépasser
la magnitude 8,0. Ces tsunamis sont causés par des séismes
majeurs ; leur énergie en surface est plus importante quand le
foyer n’atteint pas de trop grandes profondeurs.
A l’arrivée sur une île ou sur un continent, le phénomène
est spectaculaire sur les zones côtières à faible
amplitude de marée océanique, sur un rivage à faible
pente. Sa grande vitesse dans le bassin océanique va brusquement
être ralentie par la remontée du fond marin à l’approche
d’une plage ; la hauteur des vagues qui se succèdent va
alors en se développant, avant leur déferlement sur les
rivages où elles finissent finalement par perdre toute leur énergie
après en avoir dissipé une partie dans la destruction
des structures au sol.
Le Nord de l’Arc des Antilles a gardé la mémoire du
tsunami régional de Nevis le 05
avril 1690. Les caractéristiques physiques du foyer pourraient
être, selon toute vraisemblance, voisines de 17°30N, 62°30W,
avec une profondeur de l’ordre de 15km, et une magnitude de 7,0.
Il était 17h00 loc. « un cauchemar de destructions sur l’ensemble
des îles du Nord », « la mer se levait par bons, de
gros poissons gisaient sur les plages. »
On assista à des glissements de flancs au volcan de Nevis, de l’eau
chaude gicla du sol, de nombreuses constructions en bois et en maçonnerie
furent complètement détruites.
On releva :
- des décrochements de falaises à Redonda ;
- des destructions sévères à St Christophe ;
- sur toutes ces îles, un mouvement significatif du niveau de la
mer.
Le 1er novembre 1755, entre les
Açores et Gibraltar, le séisme dit de Lisbonne sème
la terreur en Europe.
Vers 14h, à la grande surprise de la population, sur plusieurs
points de la Guadeloupe, la mer se retira. A Sainte Anne elle atteignit
la ligne des cayes, c’était pour revenir et envahir les terres
avec violence.
Le phénomène fut observé dans toutes les îles
des Petites Antilles : un retrait de la mer suivi de son retour et de
l’inondation de l’arrière pays, par vagues successives.
Le phénomène d’oscillation de la mer dura jusqu’à
la tombée de la nuit.
Six semaines après, on apprendra la cause du phénomène
: une secousse sismique majeure, en mer, au large de Lisbonne. Ce séisme
épouvantable ressenti dans toute l’Europe de l’Ouest
avait été associé à un phénomène
de raz de marée. Le tsunami avait traversé l’Atlantique
pour venir s’échouer en face, sur l’Arc des Petites
Antilles.
Le 18 novembre 1867, c’est
un séisme des îles Vierges, dans le Passage d’Anegada
au Nord de l’Arc et signalé vers 15h, qui génère
un tsunami et emporte les barques et le matériel des pêcheurs
de la côte Sous le Vent de la Guadeloupe. A Ste Rose, l’arrivée
du tsunami est signalée vers 15h20 par un mouvement de la mer qui
s’éloigne d’une centaine de mètres avant de
revenir envahir les rivages et la partie basse de la Ville ; à
Terre de Haut le Fonds de Curé est inondé.
Le 25 décembre 1969, plein
Est, en face de la Dominique, un séisme de profondeur focale de
42 Km et de magnitude 6,4 crée une vague qui inonde le Marigot
à Terre de Haut. Il était 17h30 quand la terre trembla.
L’inquiétude fut vive au sein des enfants encore émerveillés
par les jouets de Noël qu’ils avaient découverts le
matin à leur lever. Les coordonnées du foyer étaient
dans l’Est, par 15,79N, et 59,64W.
Le 16 mars 1985, le séisme
de Redonda de 14 Km de profondeur focale et de magnitude 6,2 généra
un petit tsunami qui fut détecté par le marégraphe
de l’Observatoire Volcanologique, installé à la Marina
de Rivière Sens, 20 minutes après la secousse. C’était
un samedi à 10h54, heure locale, l’activité urbaine
était vive, l’émotion fut grande au sein de la population.
Le foyer se plaçait, une fois de plus, en mer, par 17,07N et 62,41W.
L’amplitude extrême des oscillations était de 3,0cm
sur l’enregistrement du marégraphe.
Horreur ! Un séisme que l’on n’attendait pas sur la
côte caraïbe du Costa Rica (la sismicité étant
focalisée sur le front pacifique), le séisme de Limon au
Costa Rica, fut une surprise le 22 avril
1991.
Les caractéristiques déterminées ont été
: 21h56 temps UTM, 09,685N, et 83,073W, pour une profondeur de 10km et
une magnitude de 6,3.
On observa un décrochement de faille inverse de 1,4m de rejet près
de Limon et de Sanblows. Cette secousse généra un petit
tsunami de 2m d’amplitude avec un retrait de la mer de 300m, observé
dans la zone de Cahuita-Porto Viejo. On signala encore le tsunami à
Bastimentos, Carenero et dans les îles Colon. Il fut également
signalé à Portobelo au Panama, avec une amplitude de 60cm.
Son énergie n’a pas été suffisante pour être
sensible sur les côtes ouest de l’Arc des Antilles.
Il s’agit maintenant d’évaluer la capacité du
Costa Rica à être le siège, sur sa côte Est,
de secousses plus énergétiques, séismes majeurs de
magnitudes supérieures ou égales à 8,0. C’est
probablement peu vraisemblable !
Dans la nuit du 12 au 13 juillet 2003,
une coulée pyroclastique de Soufrière Hill à Montserrat
arrive en mer de façon brutale (un autre mécanisme de tsunami)
et crée une vague qui arrive à Deshaies avec une hauteur
évaluée à 50cm.
Le bulletin de l’Observatoire Volcanologique de Montserrat rend
compte de la manifestation volcanique violente qui s’installe, plusieurs
heures, dans le massif volcanique en éruption. Dans la nuit du
12 au 13 juillet 2003, c’est une partie importante du dôme
volcanique qui s’écroulera jusqu’à atteindre
la mer par la vallée de Tar River. Entre 18h30 et 23h30, une série
de plusieurs coulées pyroclastiques d’une grande violence,
déferlèrent dans Tar River jusqu’à la mer.
Chacune de ces coulées avait un volume estimé à plus
de 8 à 12 millions de m3.
Le phénomène volcanique de la nuit a été considéré
en Guadeloupe, comme pouvant être responsable du tsunami qui a été
observé sur la côte Sous le Vent de la Guadeloupe, dans la
nuit du 12 au 13 juillet 2003. Il a été caractérisé
par des vagues dont la hauteur a été évaluée
de 1 à 2 mètres.
Le dernier tsunami en date provient de la secousse des Saintes du 21
novembre 2004, de profondeur focale de 14 Km environ et de magnitude
6,3, qui crée, après retrait de la mer, une petite déferlante
dans les îles des Saintes, au Nord de la Dominique et sur les rivages
des Trois Rivières.
Le plan de la faille de la crise sismique qui a débuté le
21 novembre 2004 se trouve à l’Ouest d’une des zones
de lacunes sismiques, zones à déficit de sismicité,
telles que suggérées dans le catalogue de Macrosismicité
de la Guadeloupe et de la Martinique (Feuillard 1985).
L’importance des équipements côtiers réalisés
ces dernières années dans nos îles et la poursuite
vraisemblable de leur développement futur, impose la nécessité
d’une sérieuse réflexion sur ce risque naturel capable
de prendre un tour dramatique.
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