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Nous sommes un groupe de neuf français venus au Salvador à l'invitation
de Jean-Claude Ponsin, fondateur de l'association Enfants du Salvador
(EDES), pour participer à des chantiers de reconstruction.
Un séisme qui frappe une économie fragile
Le 13 Janvier 2001, à 11h40, un tremblement de terre d'intensité 7.6 sur
l'échelle de Richter, secoue la région de La Libertad, sur la côte Pacifique.
Son épicentre est situé à 60 Km au large; dans les deux mois qui suivent,
plus de 5.000 secousses sismiques, dont celle du 13 février de forte intensité,
angoissent la population salvadorienne et aggravent le bilan : 2500 morts,
plus de deux milliards de dollars de dégâts, 250.000 bâtiments endommagés,
dont entre autres les maisons en adobe, faites d'un mélange de boue et
de paille garnissant une armature en bambou, technique traditionnelle
des paysans, pour lesquels le ciment est un bien souvent inabordable.
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Santa Tecla - Février 2001 -
En quelques minutes, plus d'une centaine de maisons sont rasées
par une coulée de boue due au tremblement de terre.
Le bilan sera de 600 morts
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Le Salvador, qui sortait difficilement de 12 années de guerre civile,
voyait déjà sa croissance diminuer, de 6,2% annuellement entre 1992 et
1995 à 3,0% entre 1992 et 1999. En 2000, elle n'était que de 2,5% et principalement
due aux maquiladoras, usines, sous traitantes de pays riches, qui fabriquent
des biens de consommation à bas prix en profitant d'une main d'ouvre abondante
et pas chère...
Ces manufactures réalisent plus de 55 % des exportations, sur un total
de 2.950 millions de dollars. Mais c'est la population qui paie le prix
fort de cette détérioration économique : plus de 20 % des 6,2 millions
de Salvadoriens vivent en dehors de leur pays, principalement aux USA.
Chaque mois, une partie de leur salaire est envoyé à la famille restée
sur place (plus de 1.750 millions de dollars ont été envoyés au Salvador
en 2000), permettant ainsi au pays de surmonter en partie la crise économique
et le sous emploi de 50 % de la population.
Pour cette terre, une des plus pauvres d'Amérique Centrale, le tremblement
de terre a été une épreuve de plus, perçue par beaucoup d'habitants à
75% catholiques, comme la volonté de Dieu, dans ce pays qui porte si mal
son nom.
L'aide internationale se met rapidement en place. dès les premières heures,
une équipe de MSF sera par exemple envoyée sur place, pour apporter des
soins d'urgence à la population. Elle comptera jusqu'à une centaine de
personnes.
Au fil des jours, l'urgence cède la place à la reconstruction.
Les régions touchées se transforment en un gigantesque chantier, les entreprises
de bâtiment travaillent 7 jours sur 7. Et là encore, la solidarité internationale
apporte sa contribution, pour aider ce pays exsangue : le déficit public
a augmenté de 700 % entre le premier semestre 2000 et celui 2001.
Outre ECHO (European Community Humanitarian Office), déjà présent au Salvador,
qui subventionne plusieurs projets et associations avec un budget global
de 30,5 millions d'euros sur ces deux dernière années, certains pays participent
directement à la reconstruction.
Un de ces projets est espagnol, piloté par un ancien prêtre ouvrier habitant
El Savaldor. Son but est double : donner les moyens financiers pour reconstruire
en payant les matériaux (plus de 300.000 euros sont alloués à ce seul
poste), mais aussi autonomiser la population et faire en sorte qu'elle
s'organise et prenne en main la reconstruction.
Un tel projet ne pouvait que plaire à l'association EDES, très critique
envers le « charity business », qui , loin de résoudre un problème, ne
fait souvent que mettre en place un système pervers d'assistanat, au rendement
très faible : ici l'argent paie exclusivement les matériaux, pas de mission
d'expert préparatoire, pas de main d'ouvre locale ou expatriée payée par
le projet. C'est aux familles bénéficiaires des matériaux de trouver les
ressources et les bras pour que la maison prenne forme, les compétences
indispensables pour ce genre de réalisation étant tout de même apportées
par des maçons professionnels. Les matériaux (parpaing, ferrailles, portes...)
sont réalisés sur place, en formant certains jeunes des villages concernés
aux métiers du bâtiment.
Nous intervenons dans cet esprit, entièrement bénévoles (y compris le
billet d'avion à notre charge), pour nous mettre au service de familles
ayant quelques difficultés à payer la main d'ouvre.
EDES compte pour ce projet (location d'une maison, achat du petit outillage...)
uniquement sur ses fonds propres, à base de dons privés. Il est en effet
assez difficile d'obtenir des subventions pour une association de petite
taille quand de surcroît l'opération est peu médiatique.
Même l'ambassade de France au Salvador, souhaitant préserver ses ressortissants
de la saison des pluies, des moustiques et des enlèvements, émet un avis
défavorable sur notre venue : Le pays est classé en liste rouge par le
Quai d'Orsay, avec un niveau de sécurité très dégradé.
Plusieurs français intéressés par ces « vacances utiles » se seront finalement
découragés face aux problèmes annoncés.
Aucun incident ne sera pourtant à déplorer.
Sur le terrain
C'est ainsi que nous arrivons à Santa Tecla, une banlieue de San Salvador
située à 30 Km du centre ville.
Notre groupe se répartit entre deux chantiers.
Le premier est situé dans le Comté de Las Granadillas, à 15 Km de Santa
Tecla.
Il faut une heure de bus sur une piste agrippées aux cimes des collines,
serpentant à travers les caféiers, les manguiers et les bouquets de bambous
pour se rendre au village.
Le bleu de la mer se dévoile au loin, 1000 m plus bas et 25 Km à l'ouest.
Le projet prévoit la construction de 46 maisons dans cet endroit, mais
deux familles ont des ressources insuffisantes pour payer la main d'ouvre.
Nous participerons donc à la construction de la maison de la famille de
la Senora Maria: quatre enfants, un mari malade et alité et une maison
en adobe dont deux murs n'ont pas résisté.
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L'équipe de bénévoles français
travaillent avec les habitants Salvadoriens sur un des chantiers
financé par des fonds espagnols. Un exemple de solidarité
internationale, où l'argent sert directement aux populations
sinistrées.
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La nouvelle maison sera en parpaings, toit en tôle, deux pièces de 6mx3m
: le plan est standard; des arrivées d'électricité sont aussi prévues
dans les murs, une ligne haute tension devant être réalisée non loin de
là d'ici un an ou deux.
Pour le moment, l'éclairage est un bien précieux.
Le début des travaux est rude !
Plus habitué à manier le clavier ou le stylo que la truelle, nous devons
attraper le bus de 6h le matin pour commencer le chantier vers 7h, tous
les jours de la semaine sauf le dimanche.
Et si l'endroit est bucolique, le soleil devient dès 11h un peu trop présent,
à peine atténué par de trop rare courant d'air.
Les parpaings de ciment semblent suivre une étrange loi physique, où leur
poids serait proportionnel au nombre d'heures écoulées.
Nous rentrons à Santa Tecla en fin de journée, la nuit tombant rapidement
vers 18h00.
Les premiers jours, on redécouvre l'existence de certains muscles oubliés
depuis longtemps.
Les trajets en bus sont l'occasion de faire connaissance avec les travailleurs
et les habitants se rendant chaque jour à Las Granadillas.
Leur accueil est plus que chaleureux.
Certains français finiront même par être membre du jury du concours de
poésie pour la journée de clôture de la semaine culturelle de l'école
publique locale, en sanctionnant sur de grands cartons chaque participant
d'une note de 0 à 10.
Un parfum d'école des fans flotte sous le soleil des tropiques !
Le deuxième chantier est plus impressionnant, situé à 150 m d'une esplanade
plane, patchwork de socles de maisons rasées.
Lors du tremblement de terre, la colline surplombant cette zone s'est
effondrée en une coulée dévastatrice, rasant intégralement les maisons
sur plus de 800 m de profondeur et 400 m de large et tuant plusieurs centaines
de personnes.
Sur les murs alentours bordant cette zone, plusieurs slogans ont fleuri
: "No se vende" en réponse aux peu scrupuleux promoteurs immobiliers qui
ont essayé de racheter les terrains sinistrés à bas prix, "Gracias al
Japon" en remerciement de l'aide japonaise détournée par le gouvernement
salvadorien (parti de l'ARENA, extrême droite).
Nous travaillons pour la communidad El Paraiso, sorte de communauté de
quartier favorisant l'entraide entre les habitants des 2 ou 3 rues alentours.
Six maisons ont été durement touchées, des bouts de murs en briques émergent
des tas de décombres, certaines familles, comme celle d'Esmaralda habitent
encore parmi les ruines, protégeant leurs maigres effets par un enchevêtrement
de tôles ondulées en équilibre précaire et peu étanche aux pluies diluviennes
de cette saison.
Cela fait plus de 7 mois qu'Esmaralda et ses trois enfants vivent ainsi
dans les gravats, par manque d'argent pour pouvoir reconstruire.
Le chantier avance au rythme des parpaings.
Chaque propriétaire essaie malgré tout de favoriser sa propre maison,
mais dans l'ensemble la reconstruction avance de concert, et l'entraide
joue entre les membres de la communauté.
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Dans les ruines des maisons de Santa Tecla, les
habitants s'affairent à réparer leur maison avec leur
maigre moyen, en continuant bien souvent de vivre sur place faute
d'autre solution.
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Et ce malgré les divergences politiques des habitants qui, dans ce pays,
ont tendance a être exacerbées en raison de son passé tumultueux.
Une histoire récente marquée
par la guerre civile
En 1932, lors de l'insurrection communiste de Farabundo MARTI pour une
réforme agraire, les forces de gauche ont été réprimées par l'armée dans
un bain de sang au plus grand profit des propriétaires terriens (plus
de 30.000 morts).
Après s'être lentement reconstituées, elles se sont opposées dès les années
70 aux forces conservatrices, dans une ambiance de violence larvée, allant
grandissant jusqu'en 1979, année qui fut le début d'une véritable guerre
civile entre le FMLN et l'armée.
Une guerre brutale et sans merci, où l'armée s'autorisa tous les moyens
ou fit exécuter ses plus basses ouvres par des groupes paramilitaires
: les escadrons de la mort, avec à leur tête, le major Roberto d'AUBISSON
(ARENA), qualifié par l'ambassadeur américain de l'époque de "tueur pathologique".
Disparitions, massacres de civils (entre autre celui de El Mozote, où
plus de 900 hommes femmes et enfants furent massacrés par l'armée), bombardements
de villages, cette guerre fera plus de 75.000 morts en 12 ans.
L'église elle-même, traditionnellement du coté conservateur, sera cette
fois du coté populaire et paiera un lourd tribut : assassinat de l'archêque
Romero le 24 mars 1980, suite à un appel aux militaires à ne plus suivre
d'ordre immoral, de 6 jésuites dans les locaux même de l'université de
San Salvador le 17 novembre 1989 pour briser une offensive générale du
FMLN, et de plusieurs prêtres engagés dans les zones rurales, qui avaient
le tort de croire sincèrement que : "Jésus est pauvre parmi les pauvres".
Devant l'incapacité des militaires à contrôler le pays après 12 années
de lutte anti-guérilla, malgré une aide militaire et financière américaine
très importante (le chiffre d'un million de dollars par jour est avancé),
les Etats Unis ont imposé aux forces en présence un accord de paix en
1992.
Désarmement du pays, amnistie des protagonistes (aucune poursuite de sera
entamée contre aucun membre des forces armées) et élections « démocratiques
» portant l'ARENA au pouvoir.
Les évènements de cette période restent dans toutes les mémoires, mais
les sentiments s'expriment très rarement de vive voix.
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Au bord de la coulée de boue dévastatrice
de Février 2001,
des slogans qui font allusion au détournement de l'aide internationale
par le gouvernement
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Toutes nos rencontres ont débuté dans une ambiance de suspicion, générant
plusieurs questions test avant de parler plus librement du passé.
L'oubli et le pardon sont deux choses différentes.
Tel paysan qui s'est engagé dans la guérilla après avoir vu son père se
faire scalper vivant la peau du visage, nous décrivant son retour à son
village pour découvrir ses habitants fusillés et jetés dans une fosse
commune, un autre, nous avouant à la fin d'un repas avoir été fusillé
par l'armée et laissé pour mort, la cervelle du condamné à côté de lui
ayant été projetée sur son crane, trompant les militaires, ou encore un
jeune, qui a erré trois jours dans les champs à l'age de 5 ans, après
que son village ait été massacré par un commando de parachutistes, puis
recueilli pas ces mêmes militaires, redevenus hommes après avoir fini
leur mission de bêtes.
Un dernier, nous raconte sa peur de simple soldat dans l'armée régulière.
Tous ces hommes travaillent maintenant sur leur maison à reconstruire
leur pays blessé, dans une apparente cohabitation pacifique.
Fin de mission et réflexion sur
l'aide humanitaire
Le séjour de notre groupe de français touche à sa fin.
Six maisons attendent maintenant leur toit.
Notre participation a été un geste symbolique devant l'ampleur des besoins
de reconstruction mais propice aux réflexions.
Si des missions de ce type existent, elles restent malheureusement insuffisantes,
de même que les associations comme EDES.
Il ne suffit pas de faire de l'humanitaire pour calmer sa mauvaise conscience
de consommateur occidental.
Il faut chercher à autonomiser les populations en leur apportant une aide
matérielle, faire en sorte qu'elles s'organisent elles-mêmes pour elles-mêmes,
et veiller à l'efficacité maximum des budgets engagés.
L'indication du taux de budget de fonctionnement d'une ONG alloué aux
opérations ne veut rien dire, seul compte ce qui parvient réellement aux
populations concernées, directement ou indirectement.
Combien de millions d'euros des organismes internationaux ont été alloués
à des associations proposant au mieux d'être une agence de voyage pour
experts de tout poil, au pire une vache à lait pour des gens peu scrupuleux,
sur la bonne foi d'un simple rapport et de formulaires dûment remplis
?
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